Pendant les jours intermédiaires, surtout le lundi quand
l'apocalypse destructrice a eu lieu, les étudiants et les immigrants ont joué un
rôle important. Mais la plus grande partie des étudiants en ont eu assez après un,
deux ou trois jours de destruction et après ils rentraient chez eux ou allaient aux
manifestations avec une atmosphère plus pacifique. De la même manière, les
immigrants craignaient la réaction des habitants locaux, et ils avaient peur de
revenir dans la rue.
Alors les 20.000 anarchistes de Grèce ont commencé, et ils ont continué quand tout
le monde retournait à la normalité. Et il faut mentionner que la peur de revenir au
normal nous a aidé à continuer la lutte pendant dix
jours de plus, nous mettant en danger parce que les actes de vengeance pour
l'assassinat d'un ami se transformaient, dans notre imagination, en préparation
pour une grève générale. Maintenant, la société
européenne sait une fois pour toutes à quoi ressemble une insurrection et qu'il
n'est pas difficile de changer le monde en quelques mois. Mais il faut que tout le
monde participe et joue son rôle. Les jeunes de Grèce
ont envoyé une invitation à toutes les sociétés d'Europe. Nous attendons votre
réponse maintenant.
Quelle est la visibilité des anarchistes en Grèce en général ? A quel point
l'Anarchisme est-il pris « au sérieux » par la majorité des grecs ?
D'une certaine manière, on peut dire qu'il y a juste 3 ou 4 ans que les anarchistes
ont commencé à se prendre eux-mêmes « au sérieux » et c'est comme cela que l'on
nous voit dans la société en général.
C'est seulement ces dernières années que nous avons réussi à croître au-delà des
limites de la stratégie anti-police qui avait caractérisé nos efforts pendant 25
ans. Selon cette dernière stratégie, on attaque la police, ils arrêtent des gens,
on fait des actions de solidarité, et ça recommence. Cela nous a pris 25 ans pour
nous dégager de cette routine. Bien sûr, les attaques anti-police et les bagarres
continuent, et le mouvement de solidarité envers les prisonniers est plus fort que
jamais, mais l'élément anti-social dans le mouvement anarchiste se contrôle
lui-même consciemment et nous pouvons parler, nous inquiéter et agir pour le
bénéfice de toute la société maintenant, avec des plans et des actes susceptibles
d'être mieux compris par au moins une partie de la société. De nombreuses actions,
comme les attaques aux supermarchés et la distribution libre de produits volés,
sont devenues très populaires et sont bien acceptées. Les attaques aux banques,
surtout après la crise économique, sont aussi bien acceptées, et les attaques aux
stations de police ont été adaptées et utilisées par des étudiants dans tout le
pays. D'une manière ou d'une autre, nous avons fait les gros titres pendant ces
quinze derniers jours. En général, avec notre participation aux luttes des
étudiants ou des travailleurs, et dans les luttes écologiques, chaque semaine, des
actions entreprises par des anarchistes attirent l'attention et offrent de la
visibilité au mouvement anarchiste.
Cela ne veut pas dire que « l'anarchisme » est pris au sérieux par la majorité des
grecs, puisque la plupart des gens croient encore aux boniments diffusés par la TV
qui nous décrit comme « masketeers » ('masquetaires') ou criminels, et aussi parce
que la majorité ne peut imaginer comment une société anarchiste pourrait jamais
fonctionner – cela inclut la plupart des anarchistes, même, qui se refusent à
engager cette question ! Mais nos actions, nos critiques et nos idées ont une forte
influence maintenant parmi les gens de gauche et les progressistes. On ne peut plus
dire maintenant que nous n'existons pas, et notre existence radicalise la majorité
de la génération la plus jeune.
Quel a été le rôle des groupes de la subculture – comme les punks, les squatters
etc... - dans la montée de l'insurrection ?
Après 1993, il y a eu une forte tendance dans le mouvement anarchiste – avec
beaucoup de luttes intestines – à éliminer l'influence des styles de la
sous-culture dans le mouvement. Cela signifie qu'il n'existe pas
d'identité spécifiquement punk, rock, metal etc. au mouvement anarchiste grec –
vous pouvez être ce que vous voulez, écouter la musique que vous voulez, vous
pouvez suivre le style ou la mode que vous aimez, cela ne constitue pas une
identité politique. Dans les combats de rue de ce mois, beaucoup « d'emos » ont
participé, avec des hippys et des ravers, beaucoup de punks, des garçons et des
fille heavy metal, et aussi des jeunes ordinaires, branchés qui aiment la musique
grecque ou autre chose. Cela doit être la conscience sociale et politique, la
critique sociale et la compréhension collective qui vous conduit à participer au
mouvement anarchiste, pas la mode. Bien sûr pour les 19 dernières années au moins,
le réseau 'Void' et des collectifs similaires ont présenté une introduction
culturelle aux espaces politiques radicaux. Ces groupes organisent beaucoup
d'événements culturels/politiques, des festivals, des fêtes tous les ans et ils ont
le pouvoir d'attirer des milliers et des milliers de gens vers les cultures
underground. Mais même Void network (réseau 'Void') ne crèe pas d'identité
subculturelle, il ne sépare pas les différentes subcultures, il essaie d'organiser
des événements qui intègrent un maximum de cultures underground. Il est vrai
pourtant que la majorité des gens de la scène viennent et participent à la plupart
des événements de la culture underground auto-construite ; beaucoup des ces
événements sont organisés chaque mois dans des espaces libérés.
Qu'est ce qui a rendu le mouvement anarchiste si prospère en Grèce ?
La politique de séparation vis-à-vis des identités subculturelles ont fait
comprendre aux gens que pour s'appeler anarchiste, cela implique une plus sérieuse
participation, une plus grande préparation, créativité,
plus d'actions que de simplement porter un T-shirt exhibant l'anti-Christ ou de se
balader dans des concerts punk en buvant de la bière et en prenant des pilules
hallucinogènes. On comprend maintenant que pour
s'appeler anarchiste, il faut participer aux manifestations, sortir dans la rue
avec des banderoles et des drapeaux noirs et rouges, crier ensemble des mots
d'ordre et montrer une présence anarchiste. Il faut aussi participer chaque semaine
à une, deux ou trois rassemblements avec d'autres pour préparer des actions, des
plans ou des luttes, si vous voulez être appelés anarchistes. Vous devez être amis
avec des gens à qui vous
faites confiance à 100% pour préparer quelque chose qui peut être dangereux ; il
faut savoir ce qui se passe dans le monde pour décider de vos actions, vous devez
être fou ou enthousiaste, pour sentir que vous pouvez faire des choses incroyables
– vous devez être prêt à risquer votre vie, votre temps, vos années dans une lutte
sans fin. Mieux vaut ne pas trop espérer pour ne pas être déçu. Ne vous attendez
pas à gagner.
Vous vous habituez à apparaître, à vous battre, et à disparaître encore ; vous
savez comment vous rendre invisible en tant que personne et visible comme pouvoir
collectif. Vous savez que vous n'êtes pas le centre du monde, mais à tout moment,
vous pouvez devenir le centre de votre société.
Comment pensez-vous que le mouvement anarchiste en Grèce pourrait devenir meilleur
ou plus fort ?
Il nous faut trouver des façons plus intelligentes d'expliquer nos idées aux gens.
Nous avons besoin de techniques de communication avec toute la société, des façons
plus fortes et meilleures de « traduire politiquement » nos actions et de placer la
lutte toute entière dans son contexte social. Dans une télé-démocratie, où les
politiciens ne sont que des vedettes de la TV, notre refus de communiquer avec ou
par les
médias de masse est juste, mais nous devons trouver d'autres moyens de dépasser la
« réalité de consensus » des mass médias, leur propagande contre nous, et de
trouver des moyens d'expliquer les causes de nos actions à la société. Aussi
longtemps que ce qui est sur la TV est ce qui « existe » et ce qui n'y est pas «
n'existe pas », nous serons présents avec nos idées folles, nos actions dangereuses
et nos combats de rue pour casser la normalité des programmes TV, nous nous
servirons de la publicité négative de nos actes pour détourner les fantaisies et
les rêves des gens du commun. Mais comment expliquer nos idées positives à
tous ? Comment pouvons-nous aider les gens à cesser de faire confiance aux médias ?
Comment rentrer en contact avec des millions et des millions de gens ?
Cela prendra des millions et des millions d'affiches et de tracts, voyageant de
main en main dans les rues ; cela prendra des millions d'invitations à manifester
ou à participer aux luttes sociales ; cela demandera plus de services publics que
le gouvernement est prêt à proposer – des docteurs et des infirmiers anarchistes
gratuits, de la nourriture gratuite, des logements libres, de l'information, de la
culture underground etc. - tout ce qui peut rapprocher les gens de nos idées. Cela
prendra plus de squats et de centres sociaux. Si vous pouvez commencer un squat,
tant mieux, mais s'il n'est pas possible d'installer un squat dans votre ville,
alors louez un bâtiment avec des amis, occupez vous de la bureaucratie, formez un
collectif, organisez une assemblée, et mettez un drapeau noir ou rouge et noir à
l'entrée. Commencez à proposer aux gens de votre ville un exemple vivant d'un monde
sans racisme, sans patriarcat, sans homophobie, un lieu d'égalité, de liberté, de
respect des différences, un monde d'amour et de partage. Nous avons besoin de
beaucoup plus « d'autonomie » dans « l'insurrectionisme » du mouvement anarchiste
grec, pour le faire briller comme modèle dans une nouvelle vague de la vie sociale
et pour démontrer cette nouvelle méthodologie de survie dans les métropoles.
Jusqu'à quel point la police a t-elle réussi à enfermer le mouvement anarchiste ?
Comment les gens ont-ils résisté ?
Les rêves et les plans des insurgés sont devenus réalité ; une énorme vague de
participation a « dépassé » les anarchistes, et pendant de nombreux jours de
chaos, les gens ont pu traverser la ville et y lutter comme jamais auparavant, dans
un temps et un espace inhabituels. Ils ont aussi atteint, bien sûr, les limites de
l'insurrection. Les gens passent beaucoup de temps maintenant en longues
discussions sur comment on peut étendre la compréhension, la méthode, les
pratiques, les actions populaires qui soutiendront et enrichiront la lutte.
Beaucoup de gens réfléchissent à des manières de rapprocher tous les différents
éléments de la révolte. La répression de la police a joué un rôle moins important à
amener la fin des émeutes que la fatigue. Nous partageons tous un sentiment
d'achèvement et une impression de commencement, et ce sont des choses que la,police
ne peut pas toucher.
Quel sera à votre avis le résultat final des événements de décembre ?
La lutte continue ! Un combat sans fin pour l'égalité politique, sociale et
économique ! Toujours plus de liberté !
A l'avenir, les gouvernements de Grèce et de l'Europe réfléchiront bien avant
d'essayer de mettre en place des changements d'ordre social ou économique. Les
émeutes d'Athènes et la crise économique ont mis fin au cynisme des autorités, des
banques, des multinationales, elles ont radicalisé une nouvelle génération en
Grèce, et elles ont donné à notre société une chance d'ouvrir un débat sur les
grandes luttes sociales du futur.
Comme le dit le mot d'ordre de décembre 2008 à Athènes et à Exarchia :
NOUS SOMMES UNE IMAGE D'UN MONDE FUTUR.
http://www.crimethinc.com/http://www.crimethinc.com/blog/2008/12/25/how-to-organize-an-insurrection/
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concéder, c'est se rendre .