LES PAYS DE COCAGNE

les pays de dedans toi
 
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 cpe ou pas

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buenaventura
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MessageSujet: cpe ou pas   Sam 25 Mar - 17:50

CPE, on s'en fout ! On veut plus de patrons du tout !
2007, on s'en fout ! C'est maintenant que tout se joue !
Medias Libéraux, Medias collabos !
Contre l'autisme libéral,
Grève générale ! et à la place de libéral, on peut alterner
avec
patronal, syndical...
Le Smic à 10 briques, la retraite a 20 ans.
On veut tous un emploi fictif et un logement de fonction.

_________________
concéder, c'est se rendre .
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catastrofe
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MessageSujet: Re: cpe ou pas   Dim 11 Juin - 21:09



ON NE VEUT PAS DE CPE Exclamation Exclamation Exclamation

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culitivons l'unité et la paix!
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kamchatk
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MessageSujet: ...   Sam 17 Juin - 15:55

pas non plus de CNE...
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catastrofe
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MessageSujet: Re: cpe ou pas   Sam 17 Juin - 19:45




CNE Question

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culitivons l'unité et la paix!
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kamchatk
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MessageSujet: Re: cpe ou pas   Lun 26 Juin - 11:40

récit de luttes... et appel à la solidarité...

APPEL à la solidarité contre la répression

Suite aux affrontements du festival « Bar à Zique » et de la lutte
anti-CPE, plus d’une quinzaine de personnes vont passer en procès à
Caen
dans les mois qui viennent. Des procès sont prévus jusqu’à fin août.
Une
personne est incarcérée depuis les incidents de la gare le 06 avril.
Elle
a pris 3 mois fermes en comparution immédiate. Une commission
anti-répression a été mise en place. Du fric est collecté pour les
amendes, les frais de tribunaux, les dommages et intérêts, le cantinage
des personnes qui sont ou seront détenues. Plusieurs centaines d’euros
ont
déjà été collecté mais il en faudra vraisemblablement quelques milliers
!!!
Le SIA de Caen appelle tous les camarades, groupes, réseaux et
syndicats
libertaires se trouvant dans des villes où il n’y a pas eu
d’inculpations
à se montrer solidaires en envoyant du pognon, en organisant des
collectes et/ou des concerts de soutien. Envoyez les chèques (à l’ordre
du
SIA) à notre boite postale avec la mention « pour les inculpés » au
dos.
On transmettra à la commission anti-répression. Ne laissons pas les
émeutiers seuls face à la répression !!!

------------------------------
Un récit de la lutte anti-CPE à Caen
(mars-avril 2006)

La lutte démarre : l’occupation des bâtiments universitaires et les
blocages de lycées

Après avoir patiné pendant des semaines, la lutte prend enfin son
essor.
Caen rejoint enfin le mouvement national qui s’étend un peu partout à
ce
moment là. Une brèche est ouverte et les gens s’y engouffrent.
Le travail de marginalisation de l’UNEF, qui a tout fait pour freiner
l’émergence d’un mouvement anti-précarité, indépendant et offensif,
dépassant la simple revendication du retrait du CPE, a fini par payer.
L’UNEF s’évapore et perd toute capacité de freinage, de sabotage et de
récupération du mouvement naissant. La lutte va pouvoir se déployer sur
des bases auto-organisées et développer des formes massives d’action
directe.
Le jeudi 9 mars la grève est votée par 500 étudiantEs. La décision
d’occuper nuits et jours le bâtiment Lettres et le bâtiment
Inscriptions
du campus 1 est prise. Le barricadage des entrées
commence avec tables, chaises, palettes, cordes, chaînes et objets
divers.
Les grévistes ramènent peu à peu des matelas, des couvertures, de la
bouffe, des couverts, des gamelles, des plaques électriques ou à gaz
pour la popote. Dans les jours qui suivent, l’immense bâtiment
Sciences
et même le bâtiment Droit (à la réputation forcément réactionnaire…du
jamais vu depuis au moins les années 70) sont investis, barricadés et
la
vie collective commence à s’y organiser. Très vite, un groupe de filles
déterminées va également s’occuper d’organiser un barrage filtrant de
jour
sur Vissol, un bâtiment qui compte plusieurs amphis. Seuls quelques
étudiantEs étrangerEs, qui doivent impérativement valider leurs cours
et
passer quelques examens avant de rentrer dans leur pays, sont
autorisés
à y pénétrer.
Au campus 2, qui regroupe des filières scientifiques et des IUT,
l’occupation est votée en AG le 20 mars . Elle a lieu là aussi de
jour
comme de nuit, excepté les week-end. Chaque lundi matin, suite à un
accord propre à ce campus, les grévistes peuvent réintégrer les
bâtiments vides et en reprendre l’occupation pour toute la semaine. Au
campus 3, le plus petit, qui regroupe quelques IUT, l’occupation est
votée elle aussi. Les profs y sont favorables au mouvement et
l’occupation se déroule sans problèmes.
Jamais l’université de Caen n’a été aussi largement occupée. Tout y
est
quasiment paralysé, sur les 3 campus, simultanément. Seuls quelques
concours vont pouvoir se dérouler avec l’accord des AG étudiantes.
Pourtant, dans les médias nationaux qui dressent une liste des facs
touchée par le mouvement, Caen n’apparaît que comme une fac «
perturbée
» et non comme étant occupée et bloquée, alors qu’elle l’est
totalement.

Durant les 4 semaines de blocages des bâtiments universitaires des
différents campus, une vie collective intense va s’organiser avec ses
cantines, ses récupérations de bouffe sur les marchés, ses fêtes
improvisées, ses AG, ses réunions de comité de lutte, des débats sur
la
précarité et les mouvements sociaux organisés par la commission «
animation » avec des profs, des projections sauvages de documentaires
militants sur des luttes radicales, le mouvement anti-nucléaire, des
petits concerts improvisés… Prés de 150 personnes participent plus ou
moins régulièrement à l’occupation des bâtiments.
Sur le campus 1, d’énormes slogans appelant à la grève générale sont
réalisés au blanc d’Espagne sur les vitres des bâtiments. La statue
du
phénix, symbole de la fac est repeinte en rouge vif. Le drapeau
pirate
flotte sur un des bâtiments occupés. Sur les murs fleurissent pleins
de
slogans, drôles, ironiques, incendiaires ou simplement délirants.
D’abord écrits à la craie, ils le sont ensuite avec des marqueurs ou
des
bombes de peintures car quelques étudiantEs «
hygiénistes » effacent, au début, les slogans qui « salissent les
murs »
et risquent donc (?) de « décrédibiliser le mouvement ».

Dans tous les lycées de l’agglomération (il y en a une dizaine), les
lycéens sont aussi entrés en mouvement multipliant AG, petits cortèges
spontanés et blocages improvisés de rues ou de rond-points. Partout
leurs AG votent le blocage des établissement devant les portes desquels
sont entassées palettes, branchages, poubelles, cartons etc… Les
grilles
sont cadenassées et des banderoles déployées sur les clôtures. Des
piquets, souvent réduits, tiennent les entrées toutes la journée
(dans
des conditions souvent très inconfortables) et des occupations de
nuit
ont lieu dans plusieurs établissements. Les voisins, quelques profs
et
parents d’élèves apportent un peu de café, de la nourriture, filent
un
peu d’argent…
Assez vite, la réponse du rectorat sera de faire fermer
administrativement
fin mars les lycées occupés afin d’éviter qu’ils deviennent des
foyers
d’agitation permanente. Il ne restera donc le plus souvent devant
ceux-ci que des piquets réduits de grévistes.
L’occupation de jour comme de nuit des bâtiments du lycée Dumont
d’Urville, pourtant fermé administrativement, sera cependant maintenue
et
ce jusqu’à la fin du mouvement.
Malherbes, le Collège-Lycée expérimental d’Hérouville continueront
aussi
à être occupés avec l’accord des directions locales et sans être
fermés
administrativement.
Même quelques lycées privées huppés de Caen vont être temporairement
bloqués par leurs élèves. Un collège d’un quartier populaire a lui
aussi
été bloqué de jour quelques temps par des minots survoltés. Le
mouvement
s’étendait alors partout avec rapidité et détermination.


Incidents le 10 mars au festival « Bar à Zique »

Alors que la lutte démarre et avec elle, les premières occupations de
bâtiment à la fac, se tient en ville le festival « Bar à Zique ». Des
petits concerts sont organisés sur 3 jours dans pas mal de bars de la
ville. Le climat est un peu particulier cette année car, en plus du
malaise et de la grogne sociale général dans le pays, la mairie et la
préfecture de Caen ont mis en place peu de temps auparavant un arrêté
anti-alcool qui interdit la consommation de picole dans les rues du
centre-ville le jeudi soir, qui est le soir de sortie privilégié des
étudiantEs. Des petits rassemblements de protestation ont eu lieu
suite
à cet arrêté. Des contraventions ont été dressées, des jeunes
embarqués,
les flics sont énervés…
Le vendredi 10 mars, le festival « Bar à Zique » touche à sa fin. Il y
a
beaucoup de monde en ville. La police multiplie les contrôles
agressifs.
Ça finit par déraper. Quelques canettes volent sur une voiture de
patrouille. La réaction policière est brutale et disproportionnée. Des
dizaines de flics en civil ou en tenue anti- émeutes débarquent dans
les
rues, chargent, tabassent, gazent, embarquent. Les gens refluent, se
regroupent, une centaine de personnes érigent de petites barricades
avec
des jardinières, des poubelles… Les incidents violents vont se
poursuivre pendant 3 heures au milieu des détonations de flash-ball
dans
un centre ville
partiellement noyé sous les gaz lacrymos.
Des dizaines de personnes sont arrêtées. Les blesséEs se comptent aussi
par dizaines. Le climat de lutte est donc d’entrée de jeu alourdit par
ces
évènements. L’hostilité d’une partie du mouvement vis à vis de la
police
est une donnée immédiatement présente.


La structuration locale du mouvement

Au début de la lutte, le mouvement est passablement désarticulé.
Le campus 1 a une AG anti-précarité assez politisée qui accueille en
son
sein un certain nombre de chômeurs, précaires, intérimaires etc… et
dont
les revendication s’étendent à l’abrogation du CNE, du RMA, de la loi
dite « d’égalité des chances », à l’amnistie des émeutiers
d’octobre-novembre 2005...
La volonté d’indépendance vis à vis de tout parti et syndicat y est
forte
ainsi que la volonté de passer rapidement à des actions directes en
dehors
de la fac. A coté des AG existe un comité de lutte ouvert à tous qui se
réunit quotidiennement. Des commissions (trésorerie, médias,
logistique,
textes, action…), dont le fonctionnement sera parfois assez décousu,
sont
mises en place.
Sur le campus 2, l’UNEF conserve une certaine influence, le ton est
plus
modéré, les actions purement symboliques sont d’abord privilégiées et
ont
surtout pour objectif le simple retrait du CPE. Sur le campus 3, la
tonalité est plus proche du campus 1 sur le fond et sur la forme.
Les 3 campus ne coordonnent pas leurs activités.
Quant aux lycéens, ils sont chauds mais agissent de manière très
éclatée
à travers des tas de petits blocages de rues et de carrefours. Ils ont
du
mal à se coordonner entre établissements. Leurs relations avec les
différents campus sont quasi inexistantes au départ.
Le campus 1 est le plus gros campus, celui qui a l’expérience de
lutte
la plus développée et celui qui va commencer en premier à mener des
occupations hors de la fac. A son initiative, un travail de
coordination,
assumé essentiellement par la commission action, va être mené entre
les
3 campus. Les lycéens sont également invités à tenir des AG
inter-lycées
sur la fac et à envoyer des délégués de chaque bahut au sein de la
commission action. Celle-ci va donc se transformer progressivement en
commission action élargie qui regroupe les 3 campus et la plupart des
lycées de la ville (une voix par site que ce soit un petit lycée ou un
gros campus). Chaque bahut et campus adopte rapidement le principe des
occupations et blocage et, grosso modo, la même liste de cible.
Au fur et à mesure que la coordination se renforce les actions vont
devenir de plus en plus déterminées et de plus en plus massives. La
volonté de lutter va faire irruption en ville…


Le passage à l’action : blocages et occupations de masse

Les manifs prennent de l’ampleur (6000 personnes le mardi 7 mars, 10
000
le jeudi 16 mars, 20 000 le samedi 18 mars) mais ça ne reste que des
manifs traîne-savates même si on y perçoit une volonté croissante de
lutte.
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kamchatk
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MessageSujet: ....   Lun 26 Juin - 11:41

Les premières actions un peu percutantes vont être menées par le
campus
1. Le principe des actions de blocage et d’occupation est retenu en
AG.
Une liste globale de cibles considérées comme légitimes est élaborée
et
adoptée. On y trouve, entre autres, les agences
d’intérim, le rectorat, la préfecture, la gare, l’aéroport, les ANPE,
les ASSEDIC, les hôtels des impôts, la DDTE, les ponts, le
périphérique,
le conseil régional, le local de l’UMP etc… La commission action est
autorisé à garder le secret sur les objectifs visés lors des
manifestations pour éviter l’intervention préventive de la police
et/ou
la fermeture des locaux.

La première occupation a lieu le lundi 20 mars et vise un gros hôtel
des
impôts situé à proximité de la fac. Un groupe a repéré le lieu et se
trouve tout prés. A la sortie de l’AG du campus 1, 400 personnes
commencent à entrer en masse dans les trams qui passent juste à coté
de
la fac. Dés que le premier tram est rempli et est en route, le groupe
situé prés de l’objectif est contacté. Lorsque le tram arrive et
déverse
les manifestants pas loin de l’hôtel des impôts, le groupe prend le
contrôle du sas d’entrée du bâtiment. Une à 2 minutes après, la masse
des
gens peut s’y engouffrer tranquillement. Commencée vers 15H30,
l’occupation va se poursuivre sans problèmes jusque vers 17h, une heure
après l’heure officielle de fermeture. Les occupantEs
partent alors collectivement. Au passage, une photocopieuse des impôts
a
été discrètement mise au service du mouvement.
Cette première occupation laisse un goût amer à la plupart des gens.
Beaucoup de personnes attendaient l’intervention de la police. Mais
ce
point précis (attend-on l’arrivée de la police et si oui est-ce qu’on
sort du bâtiment volontairement ou bien en l’obligeant à nous virer
?)
n’a pas été discuté en AG. Certains éléments timorés en ont donc
profité
pour appeler à quitter les lieux sans attendre les flics, ce qui a
provoqué quelques remous.

Dés l’AG du lendemain, le mardi 21 mars, cette question est discutée.
L’AG
décide que désormais les occupations auront lieu jusqu’à ce que la
police
intervienne. Les participantEs à l’action décideront alors sur place
s’ils partent par eux-mêmes ou si ils/elles résistent
passivement à l’évacuation en faisant des chaînes ou en se laissant
traîner.
Il s’agit, à travers ces actions d’occupations illégales, de perturber
le
fonctionnement de certaines administrations ou centres de pouvoir, de
créer des nuisances, de montrer notre détermination, de faire
déplacer
la police (ce qui coûte du fric, du temps et de l’énergie à l’Etat
tout
en l’obligeant à apparaître sous un jour répressif) et d’attirer les
médias.

Sitôt voté, sitôt mis en pratique. A la sortie de l’AG, 600 personnes
se
rendent en manif à la gare qui est occupée pendant 2H environ
entraînant
l’arrêt d’une quinzaine de trains et le retard de 6000 voyageurs
(d’après le directeur de la gare). La police finit par arriver. Elle
encercle les 300 personnes encore présentes et les refoule depuis les
voies vers les bâtiments de la gare où elle les encercle, les accule
et
les comprime (afin d’empêcher les gens de ramasser éventuellement des
pierres sur la voie pour les lancer) avant de les bousculer vers une
petite porte de sortie sous les huées des voyageurs témoins de la
scène.
En 10 minutes de bousculade tout le monde se retrouve évacué.
L’intervention policière a été rapide et il n’a pas été possible de
décider collectivement si on partait de nous-même ou pas. La police a
décidé pour nous. Mais elle a du même coup contraint les gens à
assumer
le contact physique avec les flics en tenue anti-émeute (ce qu’ils
n’auraient peut être pas fait s’ils avaient eu le choix…), accélérant
ainsi le processus de radicalisation des manifestantEs. Désormais,
dans
les faits, il ne sera plus question pour nous
d’évacuer volontairement les objectifs occupés !

Le jeudi 23 mars, journée d’action nationale, après l’AG, un cortège
d’environ 1200 personnes descend du campus 1 vers le centre-ville. Il
prend directement la direction de l’Orne qui coupe en 2 la ville. Les
4
ponts qui permettent de passer d’une rive à l’autre sont occupés et
totalement bloqués pendant une heure et demi dans une ambiance bon
enfant, au son d’une batucada qui se déplace de pont en pont. Les 3
campus ont commencé à se coordonner pour cette action.
Les lycéens quant à eux ont rejoint massivement la manif syndicale
qui
rassemble plus de 7000 personnes place du théâtre. Nous ne sommes pas
encore coordonnés avec eux à ce moment là… et pour tout dire, on
ignore
même qu’il y a une manif appelée par les syndicats. Du coup, ces
derniers sont furieux qu’on ne les ait pas rejoints. Leur manif
finira
cependant par arriver devant les ponts et des milliers de gens
étonnés
passeront devant les blocages, s’arrêtant pour les renforcer,
discuter,
profiter. Le coin est désert. Plus une bagnole n’y circule. Une
partie
des lycéens qui arrivent alors avec la manif syndicale décident
spontanément de poursuivre leur route vers la mairie pour y bloquer
un
gros rond-point. Ils sont environ 2000 à s’y rendre. Cette action
spontanée nous arrange. Elle crée 2 points d’action en ville, ce qui
désarçonne la police et l’oblige à diviser ses forces.
Quelques temps après, le blocage des 4 ponts est levé, le cortège,
renforcé par des tas de gens de la manif syndicale, se reconstitue en
une seule masse et nous partons vers un nouvel objectif. Nous
retournons
en centre-ville, toujours accompagné par la batucada, et bifurquons
peu
avant la tour Leroy. On se retrouve sur le port de plaisance. Dés
lors,
la manif s’élance au pas de course. Ça cafouille en ce qui concerne
l’itinéraire. On perd du temps dans des petites rues où la masse des
manifestants tend à bouchonner mais on finit par arriver en vue du
deuxième objectif. Un guetteur nous a déjà signalé que la police ne
s’y
trouve pas encore…mais elle ne va pas tarder. On s’engouffre dans la
rue
Varignon où se trouve le siège de l’UMP. Au bout de la rue on
aperçoit 2
véhicules de police qui arrivent devant le local. Toute la tête de
manif
se met alors à courir, arrive devant le local et continue à avancer
pour
encercler les véhicules de
police. Ceux-ci n’ayant pas envie d’être entouré par la foule partent
en
marche arrière. Le terrain est à nous. Une dizaine de gens masqués,
couverts de sacs poubelles pour ne pas se tacher et être plus
difficilement identifiables, entouré par les banderoles et des
chaînes
de protection commencent alors à coller plein d’affiches sur le
local, à
le badigeonner de blanc d’Espagne teinté en rouge, la pancarte UMP
est
arrachée et piétinée, quelques œufs volent, certains pissent sur la
porte d’entrée… Les civils et les RG rôdent mais ne peuvent rien
empêcher. On repart bientôt, direction de la fac où la manif doit se
terminer. En chemin, on apprend que des étudiantEs anti- grévistes ont
profité de l’absence de nombreux bloqueurs/euses partiEs en manif pour
reprendre le bâtiment Droit. Du coup, la présidence en a profité pour
le
faire fermer. On est encore 2000 en arrivant sur la fac et tout le
monde
se met à gueuler « Tous en Droit ». Le bâtiment est donc réoccupé
dans
la foulée. Un beau triplé...

Le lundi 27 mars, nouvelle occupation après une AG sur le campus 1.
La
Direction Régionale du Travail et de l’Emploi située à Hérouville St
Clair, juste à coté de Caen, est occupée. On s’y rend en tram. Il en
faudra 4 pour emmener les 5 à 600 manifestantEs qui participent à
l’action. Un groupe attend sur place. Prévenu de l’arrivée imminente
du
premier tram, il prend le contrôle du sas d’entrée du bâtiment
bientôt
renforcé spontanément par plusieurs dizaines de lycéenNEs de Rabelais
qui occupent leur lycée professionnel juste en face de la cible. Il
est
environ 15H30. Le bâtiment est vaste et confortable. On récupère du
papier et on profite de la présence de photocopieuses pour faire des
tirages de tracts. La police se déploie vers 18H. On se regroupe dans
le
hall. On est encore environ 250. Tout le monde s’assoit. La plupart
des
gens se laissent assez (trop) facilement évacuer. CertainEs offrent
plus
de résistance en faisant la chaîne et en obligeant les flics à les
porter. En 10 minutes, on est tous dehors faisant face à la police
pendant un petit quart d’heure. On finit par repartir en manif en
suivant la voie de tram. Arrivé prés du quartier populaire de la
Pierre
Heuzé à Caen, on est encore une bonne centaine et on part manifester
dans le quartier (moment d’hésitation chez une partie des étudiantEs…
le
cliché des cités « chaudes » a la peau dure). On serpente entre les
immeubles. Aux fenêtres, on aperçoit les visages étonnés des
habitantEs.
Une fois sorti du quartier (sans que personne n’ait été égorgé), on
retourne tranquillement à la fac.

Le mardi 28 mars, nouvelle journée d’action nationale soutenue par
les
syndicats. Beaucoup de monde à la manif du matin, au moins 30 000
personnes…et comme d’habitude quelques frictions entre le cortège
étudiants-lycéens-précaires et le petit SO de l’intersyndicale.
L’après-midi, les lycées et les campus appellent à un rassemblement à
14H sur le campus 1 pour partir en action. On est prés de 5000
lorsqu’on
commence à descendre en ville. On a récupéré des poubelles roulantes,
des palettes sur la fac et on les emmène avec nous. Sur le chemin, on
ramasse toutes les poubelles, les cartons, les palettes, les petites
barrières de chantier etc… Au début les gens sont étonnés puis tout
le
monde s’y met. Ça gueule de partout. On est une masse en mouvement
qui
charrie de quoi ériger des barricades, on prend conscience de notre
force
collective. Tout le monde ressent ça et ça file une sacré pêche.
Arrivés
devant la mairie, on bloque un peu le rond-point, histoire de
permettre
à la manif de se recompacter, puis direction la préfecture. La
première
moitié du cortège enfile l’avenue qui y mène directement tandis que la
deuxième moitié emprunte une petite rue qui débouche quant à elle non
loin du conseil général qui est juste à coté de la préf. La prise en
tenaille est bien réalisée. Le conseil général et la préfecture sont
entourée par une masse de gens. Tout les objets récupérés sur le
parcours sont entassés devant les portes et les grilles. L’ambiance
est
détendue et bientôt le « siège » symbolique commence. Des gens
boivent
un coup, discutent, font du djembé, balancent des slogans… Rien de
grave
en somme si ce n’est que l’autorité de l’Etat est ouvertement
bafouée…et
ça ça n’est pas supportable pour le préfet qui ordonne l’intervention
de la police pour débloquer le porche de la préf. Les flics et les
gendarmes mobiles sont assez encore assez peu nombreux. Ils y vont
prudemment. Un premier groupe d’une vingtaine d’anti-émeute tente de
longer la façade de la préf pour dégager le porche. Evidemment, ça
plait
pas aux gens. Tous le monde resserre les rangs, les gens font la
chaîne,
quelques canettes volent ainsi que des oeufs, tout le monde s’entasse
devant et sur la barricade. Les flics, en nette infériorité numérique,
ne
peuvent plus avancer. La foule les encercle et les accule contre le
mur.
Quelques manifestants escaladent le mur de la préfecture prés du
porche
et arrivent sur la terrasse.
Plusieurs flics accourent. La plupart redescendent rapidement. Le
dernier manifestant qui a réussi à monter ne sait visiblement pas
comment redescendre. Les flics lui sautent dessus, le plaquent au sol
et
lui donne des coups (il sera libéré sans poursuite en fin d’après-
midi
après un contrôle d’identité). La situation est tendue. Ça hurle de
partout. Les gens sont furieux.
Du coup un bus de la gendarmerie roulant au pas et entouré de gardes
mobiles tente de rejoindre le premier groupe de flics. Plusieurs
centaines de personnes leurs font face. Plusieurs grillages de
chantier
de 2 mètres sur 3 sont amenés et posés face aux gendarmes. Ça
commence à
bousculer. Au bout de 10 minutes de mêlée, les gendarmes arrivent à
rejoindre le groupe de policiers encerclés mais toujours pas moyen
d’atteindre la barricade tellement il y a de monde. Les gendarmes se
retrouvent à leur tour acculés au mur. Ils tentent de repousser les
gens
qui les collent. La tension monte encore. Les premiers coups de
matraques
se mettent à pleuvoir. De nouveau des canettes se mettent à voler.
Plusieurs grenades lacrymos sont lancées à la main dans la foule.
Tout
le monde reflue.
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kamchatk
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MessageSujet: ...   Lun 26 Juin - 11:41

Les gendarmes commencent à arroser toute la zone au fusil
lance-grenade.
En face, au milieu des nuages de gaz, quelques dizaines de jeunes
caillassent mais les munitions sont rares. Quelques centaines de
personnes restent face à la préfecture et shootent dans les grenades
pour
les éloigner. La masse des manifestantEs (la plupart sont gazés pour
la
première fois de leur vie) a reflué dans une avenue. Peu à peu, les
gens
se regroupent et reviennent. La police regaze. Il en sera ainsi 3
fois
d’affilée. La barricade devant le proche de la préf est enlevée et le
bus vient se garer juste devant. La police qui a atteint son objectif
cherche alors à calmer le jeu. Elle cesse les tirs de lacrymos (une
quinzaine de grenades ont été tirées au final). La foule se rapproche
d’elle et va lui faire face dans le calme jusque vers 18H. Seul
volent
encore de temps en temps un œuf. On remonte alors à plusieurs
centaines
sur la fac tandis que quelques autres centaines de personnes restent
encore aux abords de la préf.

Jeudi 30 mars, nouvelle journée d’action. Les campus et les lycées se
retrouvent sur le campus 2. On est environ 1200. On a avec nous des
poubelles roulantes remplies de dizaines de pneus. On se met en
marche,
direction le périphérique. Au passage on s’arrête devant les portes
du
Centre de Formation des Apprentis. Ça tombe bien, ils/elles sont
dehors
pour profiter de leur pause de l’après-midi. On rentre dans le centre
à
plusieurs dizaines pour differ des tracts et tenter d’établir un bref
dialogue. La fin de la pause sonne, les gens rentrent en cours et nous
on
a un périph à couper. On s’arrache. L’ambiance est déterminée.
Beaucoup
de gens sont masqués, ont emmenés des lunettes de ski ou de plongée,
se
sont munis de bouteilles de flotte ou de sérum physiologique. Des
tracts
avec des conseils en cas d’intervention policière, de gazage ou
d’interpellation ont été distribués.
Arrivés au périph, le cortège se scinde en 2. le premier tronçon
passe
le pont et va s’occuper de bloquer la direction Paris, la deuxième
partie
du cortège s’occupe de la direction Rennes-Cherbourg et descend
direct
le talus. Des équipes de grévistes en voiture ralentissent
progressivement le traffic dans les 2 sens avant de s’arrêter juste
après la bretelle de sortie. On envahit les voies de circulation et
ont
fait des barrages avec les poubelles et les pneus. L’idée est
d’organiser
des barrages filtrants pour ne pas trop pénaliser les automobilistes,
l’ennemi étant le gouvernement et pas les automobilistes qui se
retrouvent bloquéEs. On va avoir un mal de chien à faire en sorte que
les véhicules puissent passer au compte- goutte car beaucoup de gens
sont, sur le tas, partisans d’un blocage total. A force de
discussions,
les bagnoles peuvent quand même passer par 3 ou 4. La police a
organisé
des déviations, le flot des véhicules est tari et les automobilistes
bloquéEs vont pouvoir
quitter progressivement le périph en 2 heures environ.
Des représentants de l’hôtel de police, très énervés, tente, en vain,
de
faire lever les barrages ou d’accélérer le passage des voitures. Leur
idée est certainement que plus vite il n’y aura plus de
véhicules, plus vite ils pourront envoyer les anti-émeutes dégager
les
voies.
Vers 17H30, après avoir reçu des renforts, la police prend position
prés
du groupe de manifestantEs qui bloque la direction Rennes-Cherbourg. On
vient de faire passer les derniers véhicules. Dés qu’ils commencent à
faire mouvement vers nous, on lève le camp en emmenant pneus et
poubelles et on passe sous le pont rejoindre le groupe qui bloque la
direction de Paris à 200-300 mètres de là. Les flics n’ont plus qu’à
repenser et redéployer leur dispositif. Ils finissent par descendre
par
la voie de sortie de la direction Paris. Une partie des manifestantEs
recule le long de la direction Paris vers le pont. Une autre est
repoussée vers la voie d’entrée de la direction Rennes-Cherbourg.
Mais
les policiers ne sont pas assez nombreux. Du coup, les gens quittent
la
voie d’entrée Rennes-Cherbourg, enjambent la balustrade, dévalent le
petit
talus et rejoignent finalement le groupe qui est sur la direction
Paris.
Les flics commencent à criser sérieusement.
Finalement ce sont les manifestantEs qui décident d’arrêter de
manœuvrer.
On se rassemble sur la voie de sortie de la direction Paris et on
érige
à son début une barricade avec les pneus et les poubelles. Il y a des
gens devant, derrière et il en a sur le coté, c’est à dire encore sur
le
périph. On fait les chaînes et la bousculade commence avec la police.
Nous sommes en supériorité
numérique et ils ont beaucoup de mal à nous faire reculer de seulement
quelques mètres. Ils finissent par gazer copieusement à la grenade et
par charger. Tout le monde reflue derrière la barricade. Nouveau
gazage
et nouvelle charge. Quelques cailloux volent, il y a plusieurs
matraqués
légers et un manifestant est interpellé pour jet de pierre. Il est le
premier inculpé du mouvement à Caen.
On se regroupe à la moitié de la voie de sortie. Nouvelle bousculade
avec la police. On se laisse pousser mais très lentement. Il va leur
falloir 20 minutes pour nous repousser difficilement de 200 mètres
hors
de la voie de sortie et le long du boulevard qui passe sur le pont.
Les
policiers lourdement équipés sont crevés. Ils ont goûtés à leurs
propres
gaz. Ils chialent aussi, le souffle court. Leur visières sont pleines
de
buée, ils sont tout rouges et transpirent à grosses gouttes. Ils
finissent par arrêter de nous pousser, reculent un peu et
maintiennent
leur position. On réclame en vain la libération du camarade
interpellé.
Le face à face va encore durer une heure. De moins en moins nombreux,
on
finit par se replier collectivement sur le campus 1 qui n’est pas
loin.
La détermination des manifestantEs est en hausse. L’ambiance de plus
en
plus lourde avec la police. Ça commence à sentir les affrontements.
Ils
ne vont pas tarder à se produire.

Lundi 03 avril, un gros milliers de manifestantEs quitte le campus 1
à
15H. Direction le centre des congrès où le ministre de l’artisanat,
Renaud Dutreil, venait assister aux « assisses régionales de
l’artisanat
» et faire l’éloge du Contrat de Nouvelle Embauche.
Devant et tout autour du centre des congrès, 200 policiers. On
déguerpit
au bout d’une demi-heure pour aller manifester en ville où des
agences
immobilières, des agences d’intérim et des banques reçoivent notre
visite. Certaines boîtes d’intérim sont momentanément envahies,
certaines reçoivent de la peinture ou des mixtures nauséabondes, des
affiches sont collées sur les vitrines tandis que la manif
s’effiloche
peu à peu dans une ambiance assez morose.

Mardi 04 avril, nouvelle journée d’action nationale relayée par les
syndicats. Environ 30 000 personnes de nouveau. Une AG de ville
cafouilleuse (mauvaise sono) se tient sur le parvis de la mairie mais
elle se désagrège assez vite. À 15H, comme à leur habitude, les
étudiants-lycéens appellent tout le monde à se rassembler pour partir
en
action. Le rendez-vous est fixé devant la mairie.
Le gouvernement refuse toujours de céder. Tout le monde sent que le
mouvement est à un tournant. Ou il s’amplifie et se durcit ou il
s’essouffle…
En arrivant vers 15H à la mairie, on a tous un choc. L’immense
esplanade
est noire de monde. Une foule énorme s’est rassemblée là. Un énorme
brouhaha monte d’elle, fait de discussions, de rires, de slogans, de
chansons, de cris… Des petits groupes de gens affluent sans arrêt de
partout. Les drapeaux syndicaux ont quasiment tous été remballés. Les
bureaucrates ont plié bagages. On aperçoit un peu partout des petits
groupes de travailleurs combatifs, de syndiqués de base venus entre
collègues. Tout le monde sait que cette après-midi au programme,
c’est
pas manif traîne-savates mais action directe de masse… Tout le monde
est
là en connaissance de cause. Colère, sentiment de puissance,
ravissement
de se voir si nombreux/ses, joie de l’autonomie, incertitude quant au
déroulement futur de l’action se mélangent en un cocktail enivrant.
Quand le cortège sauvage démarre vers ses objectifs, c’est une masse
de
plus de 6000 personnes qui s’ébranle en rugissant. L’ambiance est
électrique.
La manif serpente en ville en direction du conseil régional (de gôche…
histoire de rappeler qu’il n’y a pas que la droite qui a généralisé la
précarité) dont la cour est occupée sans coup férir. Une bousculade a
lieu avec des vigiles devant son hall d’entrée. La porte vitrée cède
sous la poussée. On a symboliquement un pied dans les bâtiments. Les
élus proposent de recevoir une délégation mais tous le monde s’en
fout.
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kamchatk
Invité



MessageSujet: ...   Lun 26 Juin - 11:48

Certains d’entre eux sortent alors pour tenter d’établir un dialogue
assez infructueux. Au bout d’une petite heure, on lève le camp et on
se
dirige vers le périph. L’ambiance devient plus silencieuse.
Poubelles,
palettes, cartons sont ramassées en cours de route. ArrivéEs en vue
du
périph, sur l’avenue Clemenceau, on aperçoit au loin les cars de
police
et de gendarmerie décharger leurs troupes qui établissent un barrage.
La
tête de cortège arrive au contact de plusieurs dizaines
d’anti-émeutes.
On est bloqué à 200 mètres de l’objectif. Une barricade est érigée
avec
les poubelles face aux policiers. Quelques œufs et canettes volent.
Des
gens commencent à exercer une poussée sur la barricade mobile pour
faire
reculer la police. Des étudiantEs pacifistes cherchent à calmer le
jeu.
Immédiatement et spontanément, la majeure partie du cortège déborde
par
les petites rues et cherche à contourner le dispositif policier en
passant par le parking de Castorama pour essayer d’atteindre le périph
au
niveau du viaduc de Calix. Arrivés sous le viaduc, les gens
commencent à
escalader les talus qui mènent au périph mais ils se heurtent à
plusieurs dizaines de policiers anti- émeute, d’inspecteurs de la
Brigade
Anti-Criminalité, de motards qui les surplombent. Premières pierres,
premières grenades lacrymos. Il est environ 16H30. La bataille du
périph
commence.
Les jets de projectiles se multiplient. Les policiers gazent et
chargent
sur les talus et les espaces verts au pied du viaduc. Les gens
refluent,
se regroupent, reviennent au contact, font masse avec les lanceurs de
cailloux, regrimpent sur les talus, s’accrochent aux arbustes. Les
grenades lacrymos sont écrasée au pied, enfoncée dans la terre à
coups
de talon, arrosées d’eau, relancée. Des gens distribuent du sérum
physiologique. Les policiers sont en sous-effectifs. Ils chargent
pourtant
jusqu’à la route qui passe sous le viaduc. Erreur car ils cessent de
nous surplomber et ils sont rapidement pris à partie devant eux, par
derrière, sur les cotés, l’espace étant trop vaste pour qu’ils
puissent
le contrôler. De plus, à cet endroit, un petit bois fournit aux
manifestants des gourdins et des rondins à lancer. Un vieux muret
branlant fourni de la caillasse en quantité. Bientôt c’est la police
qui
est chargé par des dizaines de jeunes déchaînés suivis par la foule.
Elle recule sous une pluie de projectiles. Un énorme pétard explose
au
pied des flics. Une
grenade lacrymo tirée au fusil et qui n’a pas explosé est dégoupillée
et
relancée. Cette fois ci, elle explose au milieu des policiers qui
sont à
leur tour gazés. Les gens réinvestissent les talus. De là on peut
voir
plusieurs centaines de personnes s’engager en courant dans une zone
pavillonnaire qui borde le périph. Il semble qu’un passage permettant
de
contourner la police ait été trouvé. Les affrontements se
poursuivent.
Peu après, on sent un flottement parmi les policiers qui commencent à
se
regrouper et à reculer. L’un d’eux qui se déplace en haut du talus
dérape et glisse jusqu’à un groupe de manifestants qui l’agrippe et
le
moleste. Ses collègues gazent et le récupèrent sonné, délesté de sa
matraque et de son bouclier. Les policiers
reculent maintenant en courant suivis par la foule qui caillasse. Il
est
alors évident que les centaines de manifestantEs qui ont entrepris de
les
déborder ont bel et bien trouvé un chemin d’accès au périph et que la
police a peur d’être encerclée. Elle lâche le terrain tandis que des
centaines de personnes escaladent frénétiquement les talus pour
rejoindre
le périph.
Une fois en haut de celui-ci, une vision enthousiasmante attend les
gens: plus de 1500 personnes sont déjà sur les voies et il en arrive
sans arrêt d’autres. La police voyant son dispositif s’écrouler a été
obligé de lever son barrage avenue Clemenceau, permettant ainsi à un
millier de gens qui lui faisaient face dans le calme d’arriver au
périph
(avec poubelles et palettes) et de rejoindre les centaines d’autres
qui
avaient trouvé un passage prés du viaduc. Bientôt nous sommes 3000 à
couper les voies de circulations.
Les policiers qui étaient au pied du viaduc se sont regroupés, ils
gazent et chargent au milieu du cortège pour traverser le périph et
rejoindre leurs collègues de l’avenue Clemenceau qui ont pris
position sur les abords du périph, pas loin du rond point de
Castorama.
Les policiers semblent être une centaine en tout.
La manif descend le périph vers eux. Des groupes de jeunes vont au
contact, emmenant les poubelles pour s’abriter des tirs et constituer
une barricade mobile. Le caillassage reprend ainsi que les tirs de
lacrymos. Celles-ci tombent parfois sur des grappes de véhicules qui
sont restées bloqués sur le périph. Des centaines de personnes
envahissent les pelouses environnantes, obligeant la police à
multiplier
les grenadages dans de multiples directions, ce qui
soulage d’autant les groupes qui harcèlent les forces de l’ordre. Un
manifestant survolté, muni d’un mégaphone, commente en direct, au
milieu
des gaz, tel un journaliste sportif, la portée et la précision des
tirs
de lacrymos avant de réclamer avec des dizaines d’autres
manifestantEs «
Le bouquet final ! Le bouquet final ! ». L’ambiance est à la fois
combative et rigolarde.
Sous les coups de boutoirs successifs de la centaine d’émeutiers, la
police recule jusqu’au rond point de Casto. Les véhicules de police
qui
étaient garés là démarrent en trombe de crainte de se retrouver à
portée
de caillassage. Des manifestants descendent sur les voies de
circulation
qui passent sous le périph à cet endroit là provoquant un
embouteillage
supplémentaire. Vers 19H, le cortège finit par décrocher et remonte le
périph au milieu des coups de klaxons des automobilistes bloqués qui
saluent ainsi notre victoire. Arrivés au CHU, on attend les groupes
de
retardataires et on prend en masse le chemein du campus 1 où on se
disperse toutes et tous la mine réjouie. Les affrontements ont duré
prés
de 3 heures. Il y a eu 2 interpellations au conseil régional, 4 autres
aux cours des affrontements du périph. La police reconnaît le
lendemain
avoir tiré 350 grenades. 37 policiers ont déclaré une blessure (elles
sont légères pour la plupart).

Jeudi 6 avril, les lycéens et les étudiants se réunissent vers 15H
sur
le campus 1. On part en cortège à plus de 2000. On passe devant la
préfecture où on s’arrête quelques instants. Comme d’habitude, les
gendarmes mobiles sont en position devant le porche avec leurs bus.
Très
vite on s’arrache direction la prairie. Nos guetteurs nous indiquent
que
la voie semble libre. On fonce donc vers la gare qui est l’objectif
ce
jour là. La manif fait la majeure partie du trajet restant en
courant.
Il s’agit d’arriver sur les rails avant que les flics y soient. On
emprunte un des 4 ponts qui passent au dessus de l’Orne, les 3 autres
ont été bloqués peu avant par des petits groupes de manifestants qui
créent des embouteillages afin d’empêcher la police de nous prendre
éventuellement de vitesse avec ses véhicules. Arrivés au pont de
chemin
de fer de Vaucelles, à 200 mètres de la gare, on escalade le grand
talus
et on se retrouve à plusieurs
centaines sur les rails. Le reste de la manif continue vers la gare
qui
est investie. On finit par se rejoindre. L’occupation commence. Assez
vite, la police commence à arriver et à prendre position prés des
entrepôts de la SERNAM. 70 anti-émeutes environ se déploient. Il
sont
rejoint par plus d’une centaine de gardes mobiles. D’autres véhicules
de
police arrivent au compte-goutte. Prés de 200 flics sont donc là, ce
qui
confirme les informations selon lesquelles ils
avaient reçu du renfort après l’émeute du périph.
Une centaine de jeunes érigent une barricade face à eux. Quelques
projectiles volent. Les policiers se mettent hors d’atteinte. Une
longue
attente commence. Il y a beaucoup de gens. A leurs pieds, des
millions
de cailloux. La police joue donc logiquement la montre. 3 heures plus
tard, nous ne sommes plus que 800 à tenir les rails. Il va être temps
de
quitter la place. Craignant des incidents, des
membres du comité de lutte annoncent par mégaphone à la centaine de
jeunes qui font face à la police que dans 10 minutes l’action finira
et
que tout le monde devra partir en cortège. Ceux qui resteront devront
prendre leurs responsabilités.
Mauvaise méthode. Le gros des manifestantEs commence à se rassembler
prés des bâtiments de la gare. Ceux qui font face à la police avec
des
cailloux plein les poches n’ont plus guère le choix. Au bout de
quelques
minutes de réflexions, une pluie de cailloux s’abat sur les
anti-émeutes. Une fois les munitions épuisée, la police gaze et
charge.
Elle coupe les voies en 2 puis entame, au milieu de jets de cailloux
sporadiques, un mouvement tournant pour envelopper la foule qui
commence
à refluer vers la gare et à en sortir. La police adopte la même
stratégie que lors de la première occupation de la gare. La foule est
trop dense pour sortir rapidement. La police l’encercle, l’accule, la
comprime pour qu’elle ne puisse pas ramasser de
cailloux. Sauf que cette fois-ci, voulant sa revanche après la défaite
du
périph, elle cogne et gaze à bout portant celles et ceux qui n’ont
pas
pu sortir. Il y a de nombreux blessés, les bras et les mains explosés
pour avoir voulu parer les coups, le crâne en sang suite au
matraquage.
Tout le monde est rapidement et brutalement évacué. A la sortie de la
gare, ça gueule. Quelques cailloux volent. Les gens se regroupent. La
police envoie des lacrymos, sort de la gare, se déploie et charge de
nouveau tout en balançant plein de grenades et en frappant tout ce
qui
bouge y compris des passants qui n’ont rien à voir avec la manif.
Les manifestantEs se regroupent alors non loin de la gare, prés du
pont
Churchill où ils/elles doivent alors faire face à de nouveaux tirs de
lacrymos et à de nouvelles charges qui les repoussent de l’autre coté
du
pont Churchill. Là une ébauche de barricade est
construite avec le matériel d’un petit chantier situé à proximité. De
nouveau grenadage, charge et jets de pierres se produisent.
La police utilise de nouvelles grenades lacrymos plus agressives qui
brûlent la peau et elle ne cesse de charger tout au long de l’avenue
du
06 juin jusqu’au centre-ville. A partir de la place de la
résistance, les équipes de la BAC commencent à intervenir par les
rues
perpendiculaires au cortège procédant à plusieurs interpellations. Les
charges policières agressives vont encore se répéter jusqu’en bas du
château où le cortège éclate en plusieurs groupes. La Bac procède
encore
à quelques interpellations musclées et ce jusqu’en plein cœur de la
ville et de la foule des passants. Des groupes de policiers remontent
jusqu’à la fac pour couper la retraite de ce qui reste du cortège.
Plusieurs centaines de personnes remontent alors la rue de la
Délivrande
où une nouvelle barricade est ébauchée mais des
escouades de policiers anti-émeutes et de la BAC chargent par une rue
latérale et c’est in extremis que plusieurs dizaines de personnes
échappent à l’encerclement. Ce sera la dernière charge policière. Ce
qui
reste du cortège remonte la rue de la Délivrande et se réfugie
finalement à la fac en passant par de petites rues situées sur le
coté
de celle-ci.
L’intervention policière a été brutale du début à la fin. Le cortège
n’a
pas eu d’autres choix que de reculer encore et encore malgré
plusieurs
tentatives de résistance. Mais dans sa soif de revanche, la police a
commis des erreurs: en pourchassant sans répit le cortège, elle a
porté
les incidents en plein centre-ville, en voulant dégager à tout prix
les
rues, elle a frappé et gazé sans discernement. Plein de gens peuvent
alors témoigner de la brutalité de son intervention et les jours qui
suivent voient se multiplier les critiques publiques, critiques que
même
les médias locaux et régionaux sont obligés de relayer.
Le bilan de la journée est assez lourd : 8 interpellations, au moins
une
quinzaine de blesséEs parmi les manifestantEs, des dizaines de
lacrymos
tirées, 5 policiers déclarent aussi avoir été blessés.

Le lendemain, vendredi 5 avril, une manifestation de 1500 personnes a
lieu contre la répression policière. Elle passe bruyamment mais
calmement
devant le commissariat (blindé de flics) où sont encore détenues la
plupart des personnes interpellées la veille puis devant les
différents
tribunaux de la ville, eux aussi blindés de policiers. Un sit-in a
lieu
en plein centre-ville avant de retourner sur le campus 1.
Cette manif constitue une des dernières actions massives du mouvement.
Le
lundi suivant, le 8 avril, Villepin annonce l’enterrement du CPE.

[ fin de la première partie ]
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kamchatk
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MessageSujet: ...   Lun 26 Juin - 11:49

[ suite de la première partie ]

Tentatives d’extension du mouvement vers les salariéEs

Assez vite des tentatives de liaisons avec des précaires et des
salariés vont avoir lieu. Le mouvement, très majoritairement composé
d’étudiants et de lycéens, cherche à éviter l’isolement,
l’essoufflement et la répression qui risque de l’accompagner. Par
ailleurs, ce qui est aussi visé c’est le Contrat Nouvelle Embauche
qui concerne directement les travailleurs des petites boites et la
précarisation du travail et des conditions de vie. La généralisation
de la lutte et de la grève constitue un des horizons possible du
mouvement en cours. Tisser des liens avec d’autres catégories de
population est donc très important. D’où de multiples collages dans
les quartiers populaires aux débuts du mouvement en janvier et
février, un déplacement dans un établissement scolaire pour y
discuter avec des profs qui tiennent une petite assemblée, l’envoi
d’une délégation pour s’exprimer dans une AG de travailleurs d’un
centre postal (avec l’aide de syndicalistes de SUD), des rencontres
avec l’AG des personnels de l’université.
Réunis en AG le 21 mars, les profs de malherbes, un des plus gros
bahuts de la ville, adoptent et diffusent largement un texte
désavouant les confédérations syndicales qui se contentent d’appeler
à une nouvelle journée d’action nationale le 28 mars et qui leur
demande d’appeler immédiatement à la grève générale
interprofessionnelle jusqu’au retrait du CPE.
Le jeudi 30 mars, on diffe à l’intérieur du Centre de Formation des
Apprentis avant de bloquer le périph.
Le vendredi 31 mars, dans la matinée, une soixantaine de personnes
descendent au centre AFPA de St Gabriel pour y differ un tract
appelant à participer à la journée d’action nationale du 04 avril et
à construire la grève générale. Il s’agit aussi de rencontrer et de
discuter directement avec les prolos en formation (surtout dans le
secteur du bâtiment où beaucoup de CNE sont signés). La police est là
ainsi que la direction du centre de formation pour nous dissuader
d’entrer. Peine perdue, on passe par dessus les barrières et la diff
a lieu tranquillement dans les ateliers du centre et sur les parkings
alentours.
Le samedi 1er avril, des groupes de lycéens et d’étudiants des 3
campus se répartissent sur les principaux centres commerciaux de la
ville pour differ massivement le tract d’appel au 04 avril. Des diffs
ont aussi lieu ce samedi là en centre-ville et le dimanche matin sur
le grand marché de Caen. Ce week-end là, ce sont prés de 15 000
tracts (tirés gratos par SUD-PTT) qui sont diffusés dans
l’agglomération.
Le lundi 03 avril, une cinquantaine de personnes diffusent des tracts
aux feux et aux rond-points tout autour d’une des principales zones
commerciales de la ville pour appeler à la grève générale et à
participer à la journée d’action nationale du 03 avril. L’accueil des
gens est bon. Les 2000 tracts partent en 20 minutes…

D’autres interventions commencent à être envisagées (diffs devant les
usines automobiles du coin, au CHU qui emploie 5000 personnes ainsi
que des blocages ciblés d’entreprises et de certains services
publics…) mais ne peuvent être concrétisées suite au recul du
gouvernement.

A plusieurs reprises des AG de ville vont se tenir, le plus souvent
au campus 1 ou sur la place du théâtre, mais sans réussir à acquérir
une véritable dynamique. L’idée de base était de mettre en place un
outil pour pousser de manière indépendante vers la généralisation
intercatégorielle de la grève. Étudiants et lycéens y resteront
cependant très majoritaires. La participation des salariéEs sera
faible et concernera surtout des militantes politiques ou syndicaux.
De plus, l’AG de ville évoluera rapidement en fin de mouvement vers
une orientation citoyenniste, ses revendications commençant de plus
en plus à ressembler à un programme électoral de la gauche de la
gauche. Portée à bout de bras par quelques personnes, elle finira par
fusionner avec l’AG de lutte contre la précarité du campus 1 qui
tente de se maintenir malgré les difficultés. Son orientation
citoyenniste restera à la porte et ses derniers membres se
volatiliseront rapidement.
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kamchatk
Invité



MessageSujet: ..   Lun 26 Juin - 11:50

La présidence de la fac, le référendum et les anti-bloqueurs

A partir du moment où les occupations de bâtiments universitaires se
multiplient à Caen, la présidence de l’université va déclarer la
guerre aux grévistes.
Sur le campus 2 et 3, excentrés, l’occupation sera assez tranquille.
Elle se déroulera avec le soutien des enseignants et bénéficiera de
la tolérance de la directions locale des sites. Sur le campus 1, le
campus principal, où se trouve la présidence et qui est proche du
centre ville, la situation va être nettement plus tendue.
Très vite, Nicole Le Querler, la présidente en fin de carrière (elle
arrive à la fin de son mandat en juillet), dont la réputation très
autoritaire n’est plus à faire (avec sa bande, elle fait régner la
terreur parmi les personnels de la fac depuis des années), va
condamner l’occupation des bâtiments, accusant les grévistes de
multiples dégradations, vols, d’être « ivres, archi-ivres » à
longueur de nuit, de mettre en danger les bâtiments qui, pour la
plupart, ne sont plus aux normes incendie. Elle va multiplier ce
genre d’accusations publiques dans tous les médias locaux et
régionaux. L’occupation est pour elle « illégale », « illégitime ».
Elle transmet rapidement, pour se couvrir en cas d’accident, la
responsabilité de la sécurité sur le campus à la préfecture.
Elle va menacer de sanctions les concierges de certains bâtiments,
accusés de pactiser avec les grévistes, ainsi que les profs qui
viennent animer des débats dans les locaux occupés. Elle menacera
également, en plein Conseil d’Administration, de manière hystérique,
de porter plainte contre des élues étudiantes assises face à elle.
Elle déclare à plusieurs reprises que désormais une intervention
policière sur le campus n’est plus à exclure (du bluff…). Bref, elle
n’aime pas le mouvement et le mouvement lui rend bien.

Le blocage des bâtiments du campus 1, en particulier du bâtiment
Droit, va entraîner l’apparition progressive d’un collectif d’ « anti-
bloqueurs ». Ce collectif est initialement et essentiellement lancé
par la droite et de l’extrême-droite universitaire, pas très
virulente localement. Il regroupe donc, naturellement et assez vite,
Jeunes Populaires (les jeunesses de l’UMP), l’UNI, des membres de
corpos, des membres du Front National de la Jeunesse, de jeunes
intégristes cathos. A ces groupes maigrelets vont venir s’ajouter des
étudiantEs inquietEs de ne pouvoir poursuivre leurs études,
angoisséEs par un report ou une annulation des examens. Ces étudiants
ne sont pas tous favorables au CPE, la plupart flippent juste pour
leurs cours, leurs petit avenir personnel ( les « Moi, je… »
reviennent souvent dans leurs interventions en AG).
Leur première AG se tient le 16 mars et réunit environ 400 personnes.
Les anti-bloqueurs vont rester assez discrets jusqu’à la tenue d’un
référendum sur le blocage que l’AG de lutte a eu la faiblesse
citoyenniste d’accepter.
Ce référendum se déroule le mercredi 22 mars dans un climat de
tension croissante entre bloqueurs et anti-bloqueurs.
2 questions sont posées : Pour ou contre le CPE ? Pour ou contre le
blocage des bâtiments ?
Seuls les étudiantes peuvent officiellement voter, ce qui exclut de
facto les précaires qui participent à l’AG de lutte du campus 1. Par
contre, les étudiantEs de sites non concernés par le blocage (comme
les IUT d’Alençon, de St Lô…) peuvent voter...
L’organisation du référendum s’annonce chaotique. Certains bureaux de
vote ne seront pas tenus, les personnels de la fac refusant de le
faire, aucun contrôle réel des conditions de vote n’est prévu.
Les grévistes savent qu’il y aura peu de participation et sentent que
le blocage sera vraisemblablement désavoué par la majorité des
votantEs. La plupart se mordent les doigts d’être tombés dans le
piège du référendum.
Au final, il y aura seulement aux environs de 5000 votants
(l’université de Basse-Normandie doit compter environ plus de 20 000
étudiantEs inscritEs) et si la majorité des votes rejette largement
le CPE, les blocages le sont aussi à 57% des votantEs. Le déroulement
du vote a été grotesque, chacunE pouvant mettre les bulletins par
poignée dans les urnes.
Le lendemain matin, une AG a lieu. Les anti-bloqueurs la quittent
rapidement. Après quelques débats, l’AG rejette évidemment les
résultats du référendum et vote dans la foulée le maintien de
l’occupation des bâtiments jusqu’au retrait du CPE.
Au cours de la matinée les anti-bloqueurs vont tenter à plusieurs
reprises de renter dans le bâtiment Droit et le bâtiment Sciences.
Ils prennent pied dans un amphi du bâtiment Sciences mais, assez
velléitaires, ils en seront finalement repoussés, assez rapidement
et dans le calme, par les grévistes. L’après-midi profitant de la
manif ils prennent possession du bâtiment droit que la présidence
fait illico fermer, espérant ainsi le soustraire à l’occupation.
Peine perdue, de retour de manif, 2000 personnes le réinvestissent
sans coup férir. Dans la nuit, une cinquantaine d’anti-bloqueurs
tenteront assez mollement de tester les défenses et les nerfs des
grévistes.
Dés lors, assez régulièrement, le collectif des anti-bloqueurs
tentera de reprendre les bâtiments Sciences et Droit. Face à la
menace et à l’agressivité croissante des anti-bloqueurs, les
grévistes renforcent les barricades, sortent les lances à incendies,
prédisposent des extincteurs pour les vider sur les assaillants
éventuels, stockent les fruits et légumes pourris et diverses autres
saletés à lancer, préparent des ballons de baudruches remplis d’eau
de vaisselle et autres soupes devenus rances.
Le jeudi 30 mars, après une manif à la préfecture qui a réunit plus
de 400 personnes, les anti-bloqueurs remettent ça conduit toujours
par la même vingtaine d’agitéEs. Nouvel échec pour eux. Du coté des
grévistes, ça commence aussi à s’échauffer.
Une ultime tentative de déblocage forcé aura lieu le lundi 10 avril,
la présidente ayant convié tout le monde à reprendre les cours vu que
Villepin a retiré le CPE... alors que les bâtiments sont encore
occupés et que l’AG de lutte ne décidera de la poursuite ou non du
blocage que le mercredi 12 avril. Ce lundi là, les anti-bloqueurs
tout fringants se présentent donc et tentent de forcer l’entrée du
bâtiment droit transformé en forteresse. Certains parviennent à y
entrer malgré les projections d’eau, de mousse d’extincteurs, d’œufs
remplis de peinture etc… Ils ressortent rapidement le visage tuméfié
ou ensanglanté. Les occupants poussés à bout ont décider de régler
leurs comptes et ont copieusement distribué les baffes et les bourre-
pifs… Quelques autres vaines tentatives auront lieu dans la journée.
Conséquence assez drôle de cette journée, les anti-bloqueurs sont
furieux contre Nicole Le Querler qui les a envoyé au casse-pipe pour
que dalle…
Tout cela serait finalement resté uniquement cocasse si à 2 reprises
des individus liés à la mouvance des anti-bloqueurs n’avaient mené
des actions isolées qui auraient pu avoir des conséquences mortelles.
Fin mars, une tentative d’incendie nocturne a lieu à l’extérieur du
bâtiment Lettres prés d’une porte qui donne sur un amphi qui sert de
dortoir collectif. Fort heureusement, un étudiant qui veille sent
l’odeur de brûlé et donne l’alerte. L’amphi où dorment les gens est
déjà envahi de fumée et il est difficile de les réveiller ce qui
semble indiquer un début léger d’intoxication. Le feu sera rapidement
éteint avec un extincteur mais quelques minutes de plus et la
situation pouvait devenir dramatique. L’auteur des faits n’a pas été
identifié.
Quelques jours plus tard, au campus 2, deux étudiants, connus comme
anti-bloqueurs, se font choper par un appariteur dans un bâtiment en
train d’ouvrir des vannes de gaz. Là encore, les conséquences
auraient pu être terribles.
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kamchatk
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MessageSujet: ...   Lun 26 Juin - 11:51

L’apparition des anti-bloqueurs et leurs tentatives souvent
agressives d’intrusion dans les bâtiments ainsi que les agissements
et les menaces de la présidence ont aussi pour effet de pousser une
partie des personnels à la résistance. Une partie d’entre eux a créé
une AG des personnels. Le soutien de cette AG au mouvement s’est
exprimé à travers la participation aux journées nationales de grève,
un passage quotidien dans les bâtiments occupés et surtout par la
mise en place d’un réseau d’alerte en cas de tentative de forcer
l’entrée des bâtiments par les anti-bloqueurs. A plusieurs reprises
des personnels se sont donc interposés face aux anti-bloqueurs qui
tentaient de pénétrer dans les bâtiments contribuant ainsi à limiter
les incidents et à empêcher le forçage des entrées. Par ailleurs,
cette AG a clairement déclaré qu’elle appellerait à la grève
reconductible en cas d’intervention policière pour faire lever les
occupations de bâtiments universitaires et elle a dénoncé, le jeudi
30 mars, à travers une lettre ouverte à la présidence tous les
mensonges diffusés par celle-ci à l’encontre des grévistes.
De nombreux membres de cette AG seront là début avril lors d’une
réunion d’information organisée par la présidence de la fac pour «
communiquer » sur la crise. Ils y dénonceront à plusieurs reprises
l’autoritarisme de leur direction et sa « gestion » très partiale du
conflit. Cette réunion sera finalement interrompue par l’arrivée à la
tribune d’un petit cortège d’anti-bloqueurs portant un cercueil censé
symboliser la mort de leur « liberté d’étudier ». La présidente Le
Querler leur propose alors immédiatement de s’exprimer déclenchant
les huées de nombreux personnels qui reprennent en chœur le
traditionnel slogan « Grève, blocages, occupations jusqu’au retrait
du CPE ». La réunion prend alors fin dans la confusion.


Le déblocage de la fac et le maintien, difficile, d’une agitation

Le lundi 10 avril, Villepin annonce l’enterrement du CPE ce qui
entraîne la fin progressive du mouvement. Le mardi 11 avril, la manif
du matin rassemble un peu plus de 1500 personnes. Elle est suivie
l’après-midi par une action, assez mal préparée, qui est un échec.
Une centaine de personnes seulement pour tenter de bloquer
symboliquement les locaux du MEDEF. Le soir une manif nocturne a lieu
avec 150 personnes bien énervées. La police locale chargera en tenue
anti-émeutes en fin de soirée quand des barrages de poubelles seront
mis en place par les derniers manifestants dans quelques rues du
centre-ville. Pas mal de courses -poursuites, quelques coups de
matraques mais pas d’interpellations apparemment.

Une AG se tient sur le campus 1 le mercredi 12 avril pour décider de
la poursuite ou de la levée des occupations de bâtiments
universitaires. Logiquement, c’est à une large majorité que la levée
des occupations est décidée même s’il est clair pour la majorité des
grévistes que le retrait du CPE n’est qu’une demi-victoire au goût
d’inachevé puisque le CNE, le RMA et la loi dite « d’égalité des
chances » restent en place… Le campus 2 et 3 votent également cette
semaine là la levée des occupations. L’AG demande cependant
majoritairement à la présidence que les mardi et jeudi après-midi
soient banalisés pour permettre la tenue d’AG et la poursuite des
actions... Évidemment la présidence ne répondra pas favorablement à
ces demandes. Le mouvement est sur sa fin, les AG se vident
progressivement de leurs participantEs, le rapport de force n’est
plus suffisant pour obtenir de tels aménagements. Avec le temps, il
sera seulement possible d’avoir des amphis pour les AG et pour tenir
en soirée de petits débats publics.

Le jeudi 13 avril a lieu, à l’initiative de l’AG de lutte contre la
précarité, un petit carnaval étudiant (le carnaval « officiel » prévu
le jeudi 23 mars a été annulé par la préfecture et la mairie en
raisons des évènements) qui va déambuler en ville avec 150-200
participantEs environ.

Sur le campus 1, les cours ne reprendront réellement que le mardi 18
avril après démontage des barricades, nettoyage des locaux, lessivage
des murs (y avait pourtant des tas de chouettes graffitis), remise en
place des tables et des chaises dans les salles... Une partie des
occupantEs des bâtiments file un coup de main pour le rangement et le
nettoyage pour alléger la charge de travail des personnels de
nettoyage.

Parallèlement, dés le vote du déblocage, un petit groupe informel de
personnes commence à occuper l’ex Bibliothèque Universitaire (BU) de
Sciences du campus 1, partiellement désaffectée. L’idée de cette
occupation circulait depuis pas mal de temps chez certainEs
syndicalistes et grévistes. La possibilité d’occuper ce bâtiment a
été réclamé à la présidence lors de l’AG du 12 mais « à quoi bon
demander ce que l’on peut prendre ? » se sont dit un certain nombre
de gens…

Il s’agit en occupant ce bâtiment de conserver une base logistique
pour la poursuite de l’agitation et de permettre également le
maintien de la vie collective qui s’était crée lors des 4 semaines
d’occupations. Le 12 avril, devant les yeux incrédules des quelques
personnels qui bossent encore dans les locaux de la BU, les grévistes
commencent à ramener sacs de patates, tables, chaises, vaisselle,
plaques chauffantes, frigo, matelas et duvets… La présidence est
furieuse mais ne peut intervenir. Le soir même, une bonne partie des
gens qui occupaient les différents bâtiments se retrouvent pour faire
la fête et prendre possession de leur nouveau lieu. Le drapeau pirate
flotte sur le Bâtiment. A gauche de l’entrée flotte les premiers
jours un drapeau noir et à droite un drapeau rouge. Au dessus de
l’entrée, on peut lire un rageur « dans le cul Nicole ».
Un dortoir est aménagé, on prend possession d’une salle de réunion,
un point info avec tables de presse et affichage est organisé, on
installe un salon pour les moments de détente et de fête, une cuisine
est mise en place, une bibliothèque est mise en place.

Tout n’est pas rose à la BU. Les groupes affinitaires qui s’étaient
progressivement constitué dans les différents bâtiments lors des 4
semaines d’occupation disposaient chacun de leur espace avec des
fonctionnements, des tonalités, des spécificités humaines qui leur
étaient propre. À la BU, l’espace est unique. Tous les groupes sont
obligés de se côtoyer, de redéfinir sur le tas les modalités d’« un
vivre ensemble » ce qui ne va pas sans tensions. D’autre part la
fatigue, l’essoufflement du mouvement, la déliquescence
organisationnelle, la perte de repères, de perspectives et la
morosité qui l’accompagne ne facilitent pas les choses. L’aménagement
du lieu, la définition de règles collectives minimales (bruit,
horaires d’ouvertures aux personnes extérieures à l’occupation,
gestion de l’alcool, prise en compte des risques d’incendie dans un
bâtiment vétuste, auto-financement, nettoyage…), l’élaboration
progressive et difficile de nouvelles perspectives communes, tout
cela se fait lentement.
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kamchatk
Invité



MessageSujet: ...   Lun 26 Juin - 11:51

Cependant quelques actions sont maintenues. A l’initiative d’instits
et de prof, le samedi 15 avril, 200 personnes bloquent quelques temps
les accès au gigantesque centre commercial Mondeville 2, en
périphérie de l’agglomération, provoquant des bouchons et la quasi
fermeture de cette immense galerie marchande.
Des diffs de tracts et des collectes ont lieu sur des marchés. Le
mardi 18 avril, après une AG clairsemée, la présidence de la fac est
occupée pendant une petite heure par environ 80 personnes. Dans une
ambiance rigolarde de la vaisselle est « récupérée » et déménagée à
la BU ainsi que des fauteuils forts confortables, du matériel de
bureau, du papier... Les gens tambourinent contre les murs du
secrétariat et du bureau de la présidente qui ne montre pas le bout
de son nez. La salle où se réunit le Conseil d’Administration de
l’université est investie, des slogans résonnent aux fenêtres et se
répercutent entre les bâtiments, les cartons portant les noms des
membres du Conseil d’Administration sont allégrement balancés par les
fenêtres et jonchent par dizaines le sol. Les murs sont graffités («
Nicule, on t’encolle », « Sus au capitalisme », « A bas le travail
»…). Les tables et chaises du CA sont sorties à l’extérieur. Avec les
tables d’une immense salle d’examens située en contrebas de la
présidence, des gens forment un énorme « Nicole Démission ». Les
serrures semblent avoir été systématiquement obstruées. Bref, on a
rendu à la présidence la monnaie de sa pièce. L’administration
dénoncera après coup des dégradations et de nombreux vols.

Le jeudi 20 avril, une cinquantaine de personnes organisent le
blocage d’un centre commercial pendant une heure environ, les accès
du supermarché carrefour Cote de Nacre sont bloqués par des piles de
caddies renversés, des tracts sont diffés devant les entrées malgré
les vigiles pas contents.

Puis les vacances arrivent, la fac est déserte pendant 2 semaines
tandis que l’occupation de la BU se maintient tant bien que mal.
Quelques débats sont pourtant organisés dans par la commission
animation (loi sur l’immigration jetable, le revenu social garanti,
le statut des intermittents...). Une projection du film de Pierre
Carles « Attention danger travail » et d’un documentaire sur la
gestion du chômage a également lieu. On commence à organiser des
concerts pour la rentrée afin de collecter du fric pour la commission
anti-répression… mais la désorganisation, le peu de passage, les
beuveries à répétition de certainEs entretiennent la démotivation
ambiante.

Le 1er mai, la manif syndicale rassemble un gros millier de
personnes, une cinquantaine de personnes défilent derrière la
banderole de l’AG de lutte contre la précarité. L’après-midi, une
trentaine de membre de l’AG partent en action. Le Mac Do du centre
ville est visé. L’action n’est guère préparée. Pendant qu’une partie
des gens entrent dans le Mac Do pour l’occuper une autre commence à
peindre des slogans sur la façade. Personne n’est masqué. L’action
crée un joyeux bordel. Les managers sont hystériques. Au bout de 20
minutes, quelques camarades font remarquer qu’il serait bon de se
barrer avant que les flics n’interviennent. Après quelques ultimes
embrouilles avec les managers et le « renversement » d’un seau de
peinture sur le sol du Mac Do. Les gens se barrent et regagnent la
fac sans problèmes. Manque de pot, un des participant a oublié sa
veste à l’intérieur du Mac Do et malgré les multiples mises en garde
contre une interpellation quasi certaine, il tente de la récupérer le
soir même. Il est évidemment arrêté à cette occasion et placé en
garde à vue. Apprenant la nouvelle, un des occupants de la BU,
complètement saoul, pète les plomb, s’empare d’une pioche et se met
en tête d’aller libérer le gars interpellé. Il n’ira pas loin. Arrivé
devant le la statue du phénix, il fracasse les vitres de l’arrêt de
tram avant d’être plaqué au sol par des membres de la Brigade Anti-
Criminalité qui planquaient dans le coin. Des gens partis en voiture
pour tenter de rattraper le camarade assistent, impuissantEs, à son
arrestation.

Les 2 interpellés passent 2 jours plus tard en comparution immédiate
au tribunal correctionnel. 140 heures de Travaux d’intérêts généraux
et 300 euros de dommages et intérêts à verser à Mac Do pour celui qui
avait oublié sa veste, 240 heures de TIG pour celui qui a fracassé
l’arrêt de tram + 300 euros de dommages et intérêts pour Mac Do (il a
été reconnu comme participant au peinturlurage par les managers) +
1500 euros de dommages et intérêts pour l’arrêt de tram + 8 mois de
sursis pour les différentes plaintes (il était en plus en attente de
procès pour avoir renvoyé des lacrymos vers les flics lors des
incidents à la gare le 6 avril). Par ailleurs, Mac do fera connaître
au mois d’octobre le montant des dommages et intérêts demandés pour
le manque à gagner dû à la fermeture de l’établissement le temps de
son nettoyage (les 600 euros qui sont déjà à verser concernent
seulement les frais de nettoyage).

Les cours ont repris le 09 mai. Un chouette concert anti-répression a
eu lieu à la BU le 11 mai (250 personnes). On sent la motivation
revenir un peu. Concerts, débats, projections, collectes pour l’anti-
répression, collages, diffs, AG devraient se maintenir vaille que
vaille. La BU est occupable a priori au moins jusqu’au 9 juin, date à
laquelle la présidence a annoncé qu’elle commencerait des travaux de
rénovation dans le local. On vous tiendra bien sûr au courant.


UN BREF BILAN POLITIQUE

Le mouvement dit « anti-CPE » dépassait largement le cadre du simple
CPE. En filigrane, chez plein de gens, c’est la précarité du travail
et des conditions de vie ainsi que le règne dictatorial de l’économie
capitaliste sur nos existences qui a été dénoncé. Tout le monde est
d’accord là-dessus.
Ce mouvement, par son ampleur, sa durée, son extension sociale et
géographique, ses modes d’organisation et d’action, ses
revendications, sa tonalité a constitué une véritable lame de fond.
Ce pays n’avait pas connu un tel mouvement depuis 1995. En sachant
que ce mouvement a été bien plus loin qu’en 95 dans la radicalité des
actions et des discours. Il indique, après le mouvement lycéen contre
la réforme Fillon et les émeutes des banlieues en octobre-novembre
2005, qu’une conflictualité sociale et politique réapparaît dans ce
pays (et en particulier dans sa jeunesse) après des années de
résignation et de pseudo-contestation molle. L’enterrement du CPE
constitue en tant que tel une bien piètre « victoire » mais cela ne
doit pas nous faire oublier que pour la première fois depuis des
années le gouvernement a été contraint de céder.
De plus, ce mouvement a réellement comporté des aspects novateurs par
rapport à ceux qui l’ont précédé. Il nous semble indiquer des
changements collectifs d’attitudes face aux modes d’organisation et
d’action des mouvements sociaux, face aux syndicats, face à la
légalité…

Un mouvement en grande partie auto-organisé :
L’UNEF, l’UNL, la FIDEL sont des coquilles vides et là où elles ont
un minimum de consistance, ces organisations ont été clairement
débordées ou même mises à l’écart de la lutte. L’essentiel de la
lutte, dans la plupart des grandes villes, s’est fait sans elles et
même contre elles. C’est à la base, à partir des AG souveraines,
regroupant de manière unitaire (c’est à dire en laissant les
étiquettes au fond de la poche) les grévistes et aussi à partir d’une
volonté commune d’action directe que le mouvement s’est construit.
De même, le mouvement s’est montré très critique vis à vis des
syndicats, dénonçant bien souvent l’hypocrisie de leur soutien qui se
limitait, le plus souvent, à appeler à une journée d’action nationale
par semaine. Nous avons senti qu’il restait peu d’illusions sur la
fonction réelle des syndicats qui ne sont plus vus comme des
instruments de lutte mais plutôt comme des pompiers sociaux et cela
est vrai y compris chez une partie de la base des syndicats dont les
franges les plus combattives commençaient à rejoindre les actions de
blocages, d’occupation, les incidents lors des journées d’action
nationale.

Des modes d’actions directes, massives et illégales :
La volonté (mieux : la conscience de la nécessité) de créer, à une
large échelle, des nuisances, des perturbations, des blocages de flux
(de personnes, de marchandises, de véhicules…) et d’activités (à
travers les occupations de fac, de lycées, de bâtiments
administratifs...) était très perceptible chez les grévistes, et ce
quitte à enfreindre en toute connaissance de cause la légalité. Les
gens ont compris qu’il n’y avait que ça qui pouvait payer… et ils
l’ont assumé massivement.

Le retour de la violence ?
La multiplication d’actions illégales aboutit à multiplier aussi les
contacts avec les forces de l’ordre. Dans la rue, après des semaines
de mobilisation, les gens s’énervent logiquement. La lutte « anti-CPE
» a constitué le mouvement social généralisé le plus violent que le
pays ait connu depuis très longtemps (20, 25 ans ?), sachant que nous
considérons les émeutes des banlieues plus comme des mouvements de
révolte que comme des mouvements sociaux au sens classique du terme.
Nous sommes convaincus que les médias nationaux ont tout fait pour
dissimuler l’ampleur, l’intensité et l’extension géographique de ces
affrontements. Il semble y avoir eu des affrontements, ponctuels ou
récurrents, allant de l’échauffourée à l’émeute, à Lille, Rennes,
Marseille, Grenoble, Rouen, Paris (et toute son immense banlieue),
Caen, Angers, Tours, Chambéry, Nantes, Montpellier, Toulouse, Lyon,
Ajaccio…

Un mouvement qui vient de loin :
Ce mouvement ne tombe pas du ciel. Il a été façonné par le contexte.
Il a su tiré les leçons de l’échec de 2003 (beaucoup de gens mais
très peu d’actions et très peu de marge de manœuvre vis à vis des
syndicats). Il a su puiser (et adapter) des modèles d’action directe
dans la lutte des pions de 2002-2003, le mouvement contre la réforme
Fillon de 2005, la lutte de la SNCM, les émeutes des banlieues… Il a
compris que face à un gouvernement et un patronat sur des positions
dures, il lui fallait, lui aussi, être sur des positions dures. Face
au durcissement sécuritaire et du système, il a compris qu’il allait
falloir assumer l’illégalité, la répression et que, tôt ou tard, la
violence était inévitable. Face à l’intégration des syndicats, il a
compris que sa force résidait dans son autonomie, son indépendance et
son auto-organisation. Face à l’ampleur de la précarité, il a compris
qu’il fallait tenter, dans des conditions difficiles, de jeter des
passerelles en direction des salariés et des gens des quartiers
populaires.

Un mouvement qui laissera, à son tour, des traces :
Ce mouvement ne peut être considéré comme un feu de paille. Il a
montré comment on peut faire plier un gouvernement entêté. Le système
a de moins en moins de miettes à distribuer. Il attaque
nécessairement les conditions de vie et les acquis sociaux pour
préserver ses profits. En faisant cela, il sème des ferments de
révolte, il accumule et aiguise les contradictions sociales. C’est
aussi au vu des prochaines luttes sociales que l’on cernera mieux
l’impact que ce mouvement a eu ...et il est à espérer que le prochain
mouvement social d’ampleur reprendra les choses là où elles ont été
laissées.

[ fin de la deuxième et dernière partie ]
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catastrofe
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MessageSujet: Re: cpe ou pas   Ven 21 Juil - 22:45



cpe...NON Exclamation

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MessageSujet: Re: cpe ou pas   

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cpe ou pas
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