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 A contre temps

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buenaventura
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Nombre de messages : 2539
Date d'inscription : 17/02/2005

MessageSujet: A contre temps   Jeu 21 Aoû - 12:17

A contretemps # 27. Rudolf Rocker 1 - Mémoires d’anarchie

CE numéro constitue le premier volet d’une double livraison consacrée à Rudolf
Rocker, dont la seconde partie paraîtra à l’automne. En soi, la chose est déjà
exceptionnelle, puisque c’est la première fois que nous accordons une telle ampleur
à un thème, mais elle l’est aussi parce que ce projet n’a pu être mené à bien qu’en
mobilisant des énergies extérieures à notre petit cercle, sans lesquelles il
n’aurait probablement pas vu le jour, du moins tel que nous l’avons voulu.

Il ne s’agissait pas, en effet, pour nous, de refaire ce que d’autres avaient déjà
tenté et réussi – nous pensons à ce numéro que la revue Itinéraire consacra à
Rocker en 1988 –, mais plutôt de partir de son œuvre écrite, et plus précisément de
ses Mémoires, pour suivre, au plus près des souvenirs de Rocker, le long cours
d’une existence – la sienne – intrinsèquement mêlée au mouvement libertaire de son
époque. Inutile de préciser que cette approche supposait, vu le manque de sources
en langue française, un assez lourd travail de traduction de l’allemand et de
l’espagnol.

C’est là que ces « énergies extérieures », dont nous avons déjà fait mention, nous
ont été d’un grand secours. Peu après la sortie, en décembre 2002, d’un numéro
thématique consacré à Diego Abad de Santillán – qui fut un ami de Rocker et son
traducteur attitré en espagnol –, nous avons, en effet, reçu un message fort
discret d’un travailleur de l’ombre nous indiquant, en passant, qu’il s’activait
depuis des années, en collaboration avec un de ses amis, à une traduction en
français de l’édition allemande – version abrégée – des Mémoires de Rocker, publiée
en 1974 chez Suhrkamp. Et, toujours en passant, l’auteur du message se déclarait
par avance disposé à collaborer à un éventuel numéro thématique sur Rocker. Quand
le hasard objectif s’invite à ce point dans le jeu, c’est évidemment que la
chandelle doit brûler.

Sans Gaël Cheptou, le travailleur de l’ombre, et Jérôme Anciberro, son acolyte, il
est, à vrai dire, assez peu probable que nous ayons donné suite à cette affaire.
Qu’ils soient donc ici remerciés pour leur efficace participation à ce « Rocker »
en deux parties. Ils en sont les principaux artisans.

La première partie de nos digressions rockériennes – « Mémoires d’anarchie »- se
veut biographique. On y trouvera une longue panoramique sur son trajet militant à
partir d’une lecture de l’édition complète, en espagnol, de ses Mémoires – « R. R.
ou l’Apatride conséquent ». Elle est suivie d’une évocation, par Rocker, de ses «
années parisiennes » et complétée d’un « Hommage à Milly Witkop », son indéfectible
compagne. D’elle On lira, par ailleurs des souvenirs de Pierre Kropotkine

Le prochain numéro d’ Acontretemps – « Penser l’émancipation » – s’attachera
davantage au syndicalisme révolutionnaire allemand, à travers la figure de Fritz
Kater, et aux évolutions de la pensée de Rocker. Mais chaque chose en son temps.

L’œuvre écrite de Rocker, pourtant vaste et variée, demeure très mal connue en
France. Quelques efforts éditoriaux récents dignes d’éloges – la sortie, en 2006,
de La Tragédie de l’Espagne, aux Éditions CNT-RP, et la publication annoncée, chez
le même éditeur, de Nationalisme et culture – indiquent, cependant, une inversion
de tendance. Souhaitons qu’elle se confirme et qu’un éditeur courageux s’attelle à
la publication des Mémoires de Rocker, document de première importance pour qui
s’intéresse à l’histoire sociale en général et à celle du mouvement libertaire en
particulier.

Si d’aventure cette double livraison en suscitait l’envie, nous serions réellement
comblés. Bonne lecture, et à l’automne pour la suite.

A contretemps

*****

A contretemps # 28
Rudolf Rocker 2 - Penser l’émancipation

LE PREMIER volet de notre diptyque consacré à Rudolf Rocker – « Mémoires d’anarchie
» – a suscité, ici ou là, quelques signes d’intérêt et d’encouragement, parfois
accompagnés de manifestations de curiosité quant à la suite que nous comptions lui
donner. Souhaitons que ce second volet – « Penser l’émancipation » – contribue à
satisfaire les curieux, en donnant de Rocker un portrait sinon exhaustif, du moins
le plus affiné et nuancé possible. Tel est, en tout cas, notre objectif.

Si le premier volet se voulait biographique, le second s’intéresse, quant à lui, au
cheminement intellectuel de Rocker. Pour ce faire, nous nous sommes proposés
d’examiner deux aspects essentiels de son parcours théorique et militant : d’une
part, sa participation – et la valorisation qu’il en tira – à l’expérience
anarcho-syndicaliste de la FAUD allemande au cours des années 1920 et 1930 et,
d’autre part, l’évolution progressive de son anarchisme, au sortir de la Seconde
Guerre mondiale, vers un socialisme libertaire pragmatique et débarrassé de toute
dimension de classe.

Concernant le premier des deux axes énoncés, notre choix s’est porté sur la
publication d’un texte fort intéressant du propre Rocker – « Fritz Kater et les
origines du syndicalisme révolutionnaire en Allemagne » –, rédigé à l’occasion de
la disparition d’un de ses proches amis. Cette étude s’attache à sortir de l’ombre
l’une des grandes figures du syndicalisme révolutionnaire allemand, Fritz Kater,
et, au-delà, rend compte de la singulière et atypique histoire de ce mouvement, en
en dressant un panorama précis et contrasté. Inédite en français, elle est donnée
ici dans une traduction de Jérôme Anciberro et de Gaël Cheptou, annotée et
complétée par ce dernier de développements historiques précieux« Scolies » et «
Notices biographiques ».

Dans l’après-guerre, on a parfois fait reproche à Rocker de s’être par trop éloigné
de l’anarcho-syndicalisme pour se livrer à une révision de la pensée libertaire
conduisant, de facto, à une revalorisation du libéralisme. Si la critique est
acceptable, elle se doit de tenir compte des circonstances d’une époque
caractérisée par la toute-puissance du totalitarisme dit soviétique et par le recul
généralisé de toute perspective d’autonomie ouvrière. C’est dans ce contexte
historiquement défini que, doutant de toute stratégie de rupture, Rocker s’est, en
effet, attaché à penser l’émancipation selon d’autres lignes de fuite. Il l’a fait
par intime conviction et dans le souci de redonner à l’anarchisme une cohérence
assimilable par son époque. Dans cette volonté de réexamen – que, comme lui,
prônèrent, alors, d’autres théoriciens et praticiens libertaires –, Rocker n’a
pourtant jamais cessé de s’inspirer de ce qui faisait encore, à ses yeux,
l’originalité de l’anarcho-syndicalisme : son refus de déléguer à d’autres que ceux
d’en bas le devoir de libération et son goût passionné pour la culture comme
processus d’émancipation. Sous la plume de Gaël Cheptou, « La liberté par en bas »
aborde cette question de l’évolution de la pensée de Rocker, en la confrontant à
l’histoire du syndicalisme révolutionnaire allemand, dont il fut l’un des grands
témoins et propagandistes.

Enfin, mettant un point final à nos digressions rockériennes, des « Repères
bibliographiques » concluent ce numéro.

Vous en souhaitant bonne lecture, à la prochaine.

A contretemps



[ textes de presentation repris du site http://acontretemps.org où la plupart des
numéros de A contretemps sont en ligne ]

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