LES PAYS DE COCAGNE

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 AlterNantes

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buenaventura
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Nombre de messages : 2539
Date d'inscription : 17/02/2005

MessageSujet: AlterNantes   Sam 15 Nov - 14:33

Que de la radio...

Pour « commémorer » à ma façon le 11 novembre, je vais vous parler ce soir d'un
illustre inconnu : François Bonnaud, dont la vie a été particulièrement bouleversée
par la Première guerre mondiale. Les mémoires de ce libertaire angevin viennent
d'être publiées par le Centre d'histoire du travail et j'avoue humblement avoir
joué un rôle non négligeable dans cette publication.

Anarchiste, syndicaliste, antimilitariste, internationaliste, pacifiste,
anticlérical, hygiéniste, néo-malthusien… l'Angevin François Bonnaud est donc une
figure oubliée de l'anarchisme ouvrier du siècle dernier.

Né en 1896, François Bonnaud est un enfant de la misère, contraint d’abandonner les
salles de classes pour gagner son pain dans la campagne angevine. Avide de
connaissance et de savoir, il gardera toute sa vie le sentiment profondément ancré
que le travailleur doit se forger par lui-même son opinion s’il veut résister à la
propagande d’État (ce « bourrage de crâne » qui mène le soldat à l’abattoir), aux
sermons cléricaux, au bolchevisme. On peut y voir tout l'héritage d'un Fernand
Pelloutier et, plus largement d'un courant du mouvement ouvrier faisant du travail
éducatif l’un des axes primordiaux de l’action syndicale, refusant de se satisfaire
de « troupes moutonnières » ; un courant qui a vu, dans le ralliement de « sa » CGT
à l’Union sacrée, la preuve que ce lent et patient travail d’éducation était
absolument indispensable si on ne voulait pas que le syndicalisme se perde à
nouveau dans les compromissions.


*La guerre comme expérience traumatique*

De son passage sous les drapeaux, il en est ressorti profondément meurtri. Il livre
des pages très fortes sur la sauvagerie des combats et piétine l’image véhiculée
par la propagande d’État : celle du glorieux « pioupiou » faisant son devoir sans
barguigner, pour la Patrie, la Civilisation, la République en danger ; toutes ces
choses pour lesquelles le pauvre est appelé à mourir la fleur au fusil. Le biffin
Bonnaud n’est pas encore anarchiste mais il a affûté son esprit critique entre 1914
et 1916. Il a vu l’arrogance des galonnés (« Ces nobles et ces bourgeois
prétentieux ») lors des manœuvres loin du front, « tous ces officiers [qui] font
bombance alors qu’on exige des civils qu’ils travaillent et se serrent la ceinture
» ; il sait à quoi s’en tenir quant à l’Union sacrée… Incorporée en septembre 1916,
la recrue Bonnaud a déjà perdu ses illusions de jeune adolescent patriote et
chauvin, membre d’une société de tir, école de discipline et de patriotisme où l’on
apprend à manier le fusil et à préparer la Revanche. Très vite, comme tant
d’autres, il songe à se « tirer de cet enfer le plus vite possible […] à déserter
vers l’ennemi ». Par peur, il ne le fera pas. Et c’est alors, écrit-il, « que nous
sommes devenus des héros malgré nous. C’est cette peur qui a fait que je suis resté
au front tout le reste de la guerre et j’ai la certitude, que ce sont la peur, la
gnole et le gendarme (cette triste trinité), qui ont fait rester bien des hommes
dans la fournaise. »


*La guerre comme révélateur*

Bonnaud est transformé quand il abandonne la livrée militaire pour le costume
civil. La Grande Boucherie a fait de lui un pacifiste, un antimilitariste… bien
plus encore : un révolutionnaire. Il ne compte pas sur la moralisation du
capitalisme pour éloigner les risques de guerre mais sur l’action et la conscience
de classe des peuples. Il reste en cela attaché au défaitisme révolutionnaire, à
l’internationalisme prolétarien, valeurs sur lesquelles s’appuyait la CGT d’avant
1914, d’avant le reniement.

C’est sous l’uniforme que Bonnaud, alors âgé de vingt et un ans, entend parler de
la révolution russe : «†Je suis avec avidité toutes les nouvelles que nous pouvons
obtenir. Je réussis même, malgré les risques de répression, à me faire envoyer par
morceaux le journal pacifiste et antimilitariste /La Vague/ […]. À l’aide de ce
journal, interdit aux armées, j’arrive avec un ou deux camarades à comprendre un
peu ce qui s’y passe. Pendant quelques mois, j’ai eu l’occasion d’avoir comme autre
caporal de ma section, un nommé Gouyard ou Guyard, un militant anarchiste. […] Ce
sont les événements de Russie, /La Vague/ et Guyard, qui m’ont fait connaître l’a b
c du révolutionnaire.†» Un a b c qu’il mettra en pratique aussitôt en
s’investissant fugitivement au PC, et pleinement dans la jeune CGTU dont il sera le
secrétaire départemental le temps d’un mandat (1922-1924). Envoyé à Moscou pour le
congrès de l’Internationale syndicale rouge (ISR) en 1928, il n’en revient pas en
laudateur du socialisme « réellement existant », ce qui était, soupçonnait-il, le
but recherché. Bien au contraire, tout en participant aux travaux du congrès,
Bonnaud saisit chaque moment de liberté pour prendre contact avec des opposants au
régime, parcourir la ville en tous sens et mesurer ainsi la distance séparant la
réalité concrète (misère économique et contrôle social) des discours apologétiques
des « moscoutaires ».


*Face à la Seconde guerre mondiale*

Militant de la très pacifiste Ligue internationale des combattants de la paix, il
est profondément désabusé et hanté par le souvenir de Verdun quand survient la
Seconde Guerre mondiale. Devenu postier, isolé dans la campagne d'Indre-et-Loire,
il est condamné à ruminer seul le tumulte d'un monde qui semble courir à sa perte :
« Les hommes, par folie, lâcheté ou machiavélisme, sont prêts à retomber dans le
crime des crimes, le gouffre sans fin. » En septembre 1939, il défend les
rédacteurs du tract Paix immédiate !, « anodin et pondéré », faisant sienne l’idée
que « le prix de la paix ne sera jamais aussi ruineux que le prix de la guerre. Car
on ne construit rien avec la mort ; on peut tout espérer avec la vie. »

Il n’a pas de mots assez durs pour fustiger les socialistes « appelés
au pouvoir pour faire avaler à la classe ouvrière les lois les plus
réactionnaires et impopulaires, des lois [que la bourgeoisie]
n’aurait osé faire adopter à cause des réactions qu’elles auraient
produites. » Il n’a que mépris pour les va-t-en-guerre de la CGT qui
rejoue comme en 1914 la comédie de l’Union sacrée, pour les
profiteurs de guerre, le « munitionnaire » d’ici et d’ailleurs, tout
comme le paysan qui « gagne de l’or grâce à la famine et la misère
qui sévit dans les villes ». Il ne croit pas à la Résistance, et
quand il l’évoque, ce qui est très rare, il le fait toujours de façon
négative. Il se sent, comme beaucoup de militants anarchistes de
l’époque, désarmé : par haine de la guerre, du capitalisme, du
stalinisme et du nationalisme, il ne peut se retrouver dans une
Résistance armée, transclassiste et nationaliste. En 1944, sans trop
d’espoir, il en est réduit à guetter « l’étincelle capable d’embraser
tout le peuple », ce « pauvre populo, chair à canon, chair à travail
et chair à plaisir », éternelle victime de toute la « camarilla de
profiteurs » !

Le refus de la guerre, si fort chez François Bonnaud, ne s’étendrait
donc pas au refus de la guerre révolutionnaire. Il est toujours
délicat d'analyser des propos écrits au fil de la plume, à chaud, et
non destinés à être publiés. D'un côté, François Bonnaud semble
accréditer les propos d'André Prudhommeaux : « Le recul est trop
général depuis juillet 1936 pour nous laisser une chance de pouvoir
combattre efficacement pour notre propre cause (...) Quant à nous
faire trouer la peau pour le capitalisme, trop des nôtres sont déjà
tombés en Espagne et ailleurs » (/L'Espagne nouvelle/, avril 1939).
De l'autre, son rejet moral et viscéral de la violence est tel qu’il
peut apparaître aisément comme un pacifiste intégral. Sans doute,
oscillait-il entre les deux pôles au gré des circonstances...

A lire : François Bonnaud, Carnets de luttes d'un anarcho-
syndicaliste (1896-1945) – Du Maine-et-Loire à Moscou, 261 p., 20
euros. Il est disponible en librairies ou en ligne à cette adresse :
http://www.atheles.org/centredhistoiredutravail/


Voilà, les meilleures choses ayant une fin, Le Monde comme il va tire
sa révérence…

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